CHAP. IX. — LA GRAND CHAMBRE
bellissement de la grand' chambre, sous le règne du roi Charles YlU,Karoliis, Les dorures massives et les sculptures en relief étaient de la main des artistes de la Renaissance et l'encadrement du plafond se composait de gracieuses arabesques et se reliait, en formant voussure, à la corniche dont la frise était couleur d'or et d'azur.
Au fond de la salle, les sièges des parlementaires, et dans l'angle de gauche, le siège du premier président, en mémoire de la pierre angulaire de l'Évangile. En face des parlementaires, à l'angle opposé au siège du premier président, la chapelle avec ses fines et profondes ciselures de la fin de l'ère gothique, où la messe se célébrait deux fois les jours d'audience, à l'entrée et à la sortie de messieurs du Parlement. Un petit balustre enrichi de belles peintures attribuées à un prisonnier condamné à mort entourait la chapelle. Sur les murs, des tapisseries fleurdelysées tombaient du plafond jusqu'à terre. Les sièges étaient couverts d'étoffes fleurdelysées.
Par un fier privilège remontant aux usages des lits de justice, les parlementaires seuls pouvaient s'asseoir sur des fleurs de lys, et la grand' chambre était tendue d'étoffes fleurdelysées, honneur auquel ne prétendirent jamais les juridictions inférieures. La Rocheflavin, ingénieux à tout expliquer, se plaisait à voir dans chaque fleur de lys, Temblême de chacun des rois de la monarchie. Il faut citer cette page de ses Treize livres des Parlements de France : « Les tentures de nos anciennes salles « eurent pour but de démontrer que Dieu, qui aime la « justice sur tout, a voulu donner à la France pour le < blason de ses armes, non l'aigle plein de rapacité qui
« est demeuré en partage à TEmpire, mais les lys pleins « de suavité , non des lions rampants, non des griffons € volants, non des sangliers, non des loups, non desdra- « gons, mais des fleurs et, entre les fleurs, des fleurs de « lys, les plus agréables en odeur, et les plus excellentes « enbeautéet enhonneur. Poumons montrer que comme « le lys sur toutes les fleurs est recommandé d*odeur, de « candeur et de beauté, ainsi le royaume de France serait « à l'avenir grand en religion, célèbre en justice sur « toutes nations qui vivent en la terre; aussi tous les « rois de la terre sont venus à ce lys pour en tirer jus- « tice, faveur et protection. Rappelez -vous, disait saint « Bernard, que la justice fleurira comme le lys devant € le Seigneur : quod aulem jusiitia lilium sit quia justus germi- « nabil sicul lilium^ et Jlorebil in «lernum ante Dominum. *
Le parquet, tourné vers le levant et disposé en carré dans Tangle opposé à Tentrée de la grand'chambre, eut longtemps au-dessus de lui le trône où les rois de France avaient tenu leurs lits de justice. Ce trône en bois peint de couleur verte, à bras et à pieds sculptés, était surmonté de la couronne royale en cuivre doré, enrichie de pierreries et ornée d'une croix au sommet. Au-dessus de la couronne, un cartouche bleu, en forme de coquille, enfermait l'écu de France avec ses trois fleurs de lys d'or sur champ d'azur. A gauche de Técu, un faisceau aj^ant une hache en pointe et un serpent enroulé au faisceau, à droite les balances de la Justice repliées. Plus bas, au milieu de besants, de mascarons et de guirlandes retombant des deux côtés, brillait une fleur de lys et un croissant d'or sur azur. D'autres guirlandes dorées bordaient le siège dont les pieds reposaient sur un escabeau de
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chêne. Avec les années, ce siège royal dégradé et restauré perdit le cachet de son origine et garda, dans ses sculptures, les traces de chaque règne. Oublié dans un coin, sous les décombres, depuis l'abolition des Parlements, il a retrouvé, grâce à une restauration récente, ses couleurs et son éclat. Il est aujourd'hui un des ornements de la chambre dorée de la Cour de Toulouse,
Autrefois, ce trône servait d'accoudoir au premier président et, en son absence, aux présidents qui le remplaçaient et qui s'asseyaient un peu plus bas, en un autre siège plus élevé que les sièges des conseillers. Au-dessus de ce trône et au-dessous des corniches, un Christ étendait ses mains clouées sur une croix dorée ; aux pieds du Christ, le peintre avait dessiné un roi à genoux, ayant les traits de Charles VII et, à côté du roi, le dauphin qui devait s'appeler Louis XL Ce tableau portait la date de 1444.
A droite du siège royal, les sièges hauts des conseillers lais où se plaçaient aussi les princes, les gouverneurs de la province, les ducs et pairs de France, les prélats, les maîtres des requêtes et officiers des autres Parlements. A gauche, les sièges des conseillers clercs où s'asseyaient les présidents à mortier. Du siège du premier président, on pouvait descendre au parquet par quatre gradins qui furent dressés pour la tenue du lit de justice de Charles IX, afin que son chancelier allât recueillir les avis des officiers du parquet, assis sur ces bas sièges garnis de coussinets et de tapisseries comme les hauts sièges et ayant un marche-pied.
Les gens du roi ne se placèrent pas toujours à ces sièges du parquet : avant l'année i58o, ils parlaient
au bout du banc des avocats et s'asseyaient au banc des sénéchaux. A un siège inférieur garni seulement de tapisserie, se tenaient le greffier en chef, au-dessous de lui le greffier criminel et plus bas le greffier des présentations ou les secrétaires de la Cour, appelés secrétaires évangélistes. Les jours d'audience, les greffiers civils et criminels plaçaient auprès d'eux un clerc audiencier assis sur un petit tabouret garni de drap bleu et écrivant, non sur le bureau, mais sur le banc du greffier.
Plus loin, se trouvait le barreau avec ses trois enceintes, la première sur un parquet garni de tapisseries fleurdelysées et destinée aux parties. Là se trouvait le banc appelé le banc des sénéchaux, parce que tous les sénéchaux y prenaient place, sauf celui de Toulouse; les juges-mages, les autres officiers et magistrats et les hommes d'église s'y asseyaient, lorsqu'ils étaient parties poursuivantes. Un autre banc du côté de la chapelle, le banc de la noblesse, recevait les gentilshommes et les dames qui poursuivaient une action en justice. La deuxième enceinte était réservée aux anciens avocats devenus avocats consultants et la troisième à tous les avocats et procureurs. L'entrée du barreau se fermait par deux barres de fer flanquées de deux échauguettes que les anciennes ordonnances ou les registres du palais désignent sous le nom de guichets de l'entrée du parc, où se tenaient deux huissiers avec leurs baguettes.
Aux deux extrémités du barreau, on avait élevé deux lanternes à deux étages, à jalousie et à grilles lourdes et peintes de couleur bleue, parsemées de fleurs de lys d'or, l'une, sur la porte venant de la chambre des manteaux et servant de passage à messieurs du Parlement
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