CHAP. IX. — LA CHAMBRE DORÉE
vermeille dans une coupe arrondie et semble appeler à elle les quatre anges de son caisson qui portent des palmes en fleur et livrent au souffle du vent les franges de leur manteau.
Au-dessus de la large cheminée en marbre rouge et à manteau élevé, dans un panneau doré, la Justice et la Paix s'avancent et ouvrent les bras pour s'enlacer et s*embrasser. Deux Renommées, déployant les ailes, mettent d'une main leur clairon aux lèvres et de l'autre suspendent, parmi des arabesques d'or, une couronne de lauriers sur Técu de France aux trois fleurs de lys d'or sur champ d'azur, surmonté d'un génie couronné de chêne. En face de la cheminée et au tympan de la porte, deux génies ailés supportent un large écusson où sont accolées, sous leur couronne royale, les armes de France et de Navarre.
Sous les corniches dorées et sur les boiseries qui couvrent les murs, le ciseau d'un artiste de la Renaissance a sculpté de fines et délicates figures de femmes, vêtues de robes élégantes et à plis ondoyants, couronne en tête ou chevelure dénouée, assises sur des trônes ou penchées sur des enfants au berceau, tenant un sceptre ou une épée et foulant aux pieds des drapeaux et des armures. Quelques portraits de premiers présidents du Parlement se détachent, graves et sombres, sur ce fond d'or et d'un vert pâle où courent les fleurons, les arabesques, les guirlandes, les roses, les fleurs de lys et les coquilles. N'est-ce pas de ces images austères des parlementaires que le président Hénault disait: < Ces ancêtres « illustres sont l'histoire et la gloire de la justice. » Au Parlement de Toulouse, comme aux autres Parle-
ments, il y avait les audiences royales, les audiences solennelles, les audiences publiques et privées, et, enfin, les audiences extraordinaires.
Des audiences royales La Rocheflavin a beaucoup parlé, en racontant les magnificences des lits de justice qu'il compare aux splendeurs du Sénat de Rome, sous Auguste ; quand Larocheflavin écrivait, on n'avait vu que les entrées de François I" et de Charles IX. On ne s'y souvenait guère de ces royales cérémonies de l'audience, que j'ai retracées aux années i533 et i563; les audiences vraiment royales étaient les audiences solennelles d'ouverture du Parlement le lendemain de la Saint- Martin d'hiver. Charondas a donné, au livre premier de ses Pandectes, l'explication du choix de ce jour de la Saint-Martin d'hiver :
« Je ne veux passer sous silence ce que j'ai remarqué en un ancien livre que j'ai écrit à la main, que l'ouverture du Parlement se fait au jour de Saint-Martin, à cause de l'ancienne coutume qui aurait été en France de célébrer ledit jour et d'iceluy dater les chartes et instruments publics et privés comme d'un commencement d'année. »
Ce jour-là, au bruit de la cloche du palais sonnant à grandes volées, les parlementaires sortaient de leurs maisons en robe rouge, avec le chaperon de même couleur fourré de peau et posé autour du cou, et le bonnet noir et carré ; les présidents à mortier, en signe de leur dignité, portaient en outre le manteau et le chapeau ou bonnet royal, de forme ronde et de velours noir, bordé
en haut d'une large bande d'or, appelé mortier, à cause, dit un chroniqueur, de sa ressemblance avec l'outil de ce