CHAP. IX. — COSTUME DES MAGISTRATS
La magnificence de ce costume excita plus d'une fois les railleries amères et jalouses des grands seigneurs et des sermonnaires. On sait de quel air hautain, le libre prêcheur Olivier Maillard, le cordeiier Michel Menot et après eux Saint-Simon ont parlé de « ces gros fourrés qui trônaient dans les Parlements. »
Il arrivait souvent qu'à ces audiences solennelles assistaient des ducs et pairs de passage à Toulouse, des gouverneurs ou des lieutenants-généraux de la province, vêtus de leurs plus riches habits, mais avec une épée courte, sans bottes ni éperons. On y voyait presque toujours des prélats conseillers au Parlement, l'archevêque de Toulouse ou l'abbé de Saint-Sernin, des conseillers au Parlement de Paris, des prélats conseillers honoraires ou conseillers d'Etat en soutane rouge, avec le rochet rouge et le surplis blanc. Les autres évéques portaient la soutane et le rochet violets. Si les maîtres des requêtes et les conseillers des autres Parlements voulaient avoir séance au Parlement de Toulouse, ils devaient prendre leur robe rouge et leur chaperon fourré. Les secrétaires de la chancellerie, assis aux bas sièges, ne manquaient pas de paraître à ces séances, parce qu'ils se regardaient comme étant du Parlement ; ceux qui étaient avocats avaient la robe noire, le chaperon noir fourré et le bonnet carré ; les autres avaient des capes de satin et des toques de velours noir. Les quatre substituts créés en 1628 ne portaient pas la robe rouge et n'avaient pas de rang. On leur permettait de se tenir à côté des avocats généraux.
Les huissiers prenaient aussi, à ces audiences solennelles, leurs robes de pourpre violette, portées autrefois
par les conseillers clers, avec des chaperons à bourrelets et des bonnets carrés noirs. Par une faveur spéciale, le premier huissier, que les anciennes ordonnances appelaient, tour à tour, maître, écuyer, huissier des enquêtes ou des présentations, portait, comme celui de Paris, la robe rouge et le bonnet de velours rouge cramoisi, parfilé d'or et cerclé d'hermine, avec une plume ou une rose de perles au sommet, et qu'on aurait pu confondre avec le mortier des chanceliers au sacre des rois s'il eût été de forme ronde ; mais il était carré ainsi que les bonnets d'honneur des archiducs. Le premier huissier restait toujours couvert, aux audiences solennelles, de ce bonnet royal, selon le terme consacré par les registres du Parlement ; il ne l'ôtait que devant le roi ou à de rares événements. A Toulouse, le premier huissier ne jouissait pas, comme le premier huissier de Paris, du présent annuel d'une paire de gants et d'une écritoire, ou du droit d'emporter, dans ses bras, de la voiture royale à son lit de justice, le roi enfant venant en son Parlement. En retour, il reçut, en 1691, dans tous les Parlements, le privilège de la noblesse qui passait à ses descendants. Les autres huissiers portaient des robes bleu de ciel.
Le Parlement, en costume royal, invitait à ses belles séances les magistrats, les officiers et le haut clergé de la ville, les grands vicaires de l'archevêque, l'université qui arrivait en habits de cérémonie, les trésoriers généraux avec leurs manteaux ou capes de satin à manches et leurs toques de velours, le juge-mage, le juge criminel, les lieutenants principaux et particuliers, le procureur du roi et les avocats du roi de la sénéchaussée en robes longues, bonnets et chaperons noirs fourrés, les grands
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