CHAP. IX. — GRANDEUR DES AUDIENCES
Le greffier qui, à ces audiences d'ouverture, donnait lecture des ordonnances, ne quittait pas son bureau, tandis que les gens du roi dont les conseillers prenaient le banc se groupaient sur des sièges portés à cet effet dans l'enceinte du barreau, à côté des greffiers criminels et des greffiiers des présentations, des secrétaires de la Cour et de la chancellerie. A l'entrée du parquet, se tenait le premier huissier sur son banc fleurdelysé, deux huissiers auprès de lui et deux autres aux échauguettes ; le reste des huissiers se dispersait dans la salle, afin d'y maintenir le silence et l'ordre.
Du c6té de la chapelle, des bancs attendaient les grands vicaires de l'archevêque, le recteur et les professeurs de l'Université, les maîtres des ports et les officiers de la foraine. Les officiers des eaux et forêts, toujours en contestation sur leur rang, n'assistaient pas à ces séances. On réservait une place au bout du banc de la noblesse au sénéchal de Toulouse, comme chef de la noblesse de la sénéchaussée. Il se plaça plus tard, après une querelle de préséance avec les capitouls, parmi les avocats consultants. Dans l'enceinte réservée se plaçaient encore tous les officiers de la chancellerie, le garde des sceaux qui était autrefois un conseiller, ses secrétaires et ses référendaires. Le viguier et ses lieutenants, les quatre capitouls invités par le Parlement, les trésoriers généraux se plaçaient au parquet, au banc des avocats du roi. Les avocats prenaient leur rang en face des gens du roi, sur un banc d'étoflfe fleurdelysée, au nombre de deux cents ; les écoutants, les plaidants et les consultants. « On y voit ainsi, disait La Rochefla- »vin, qui parle comme l'avocat général au Parlement de
€ Paris, Louis d'Orléans, en son charmant langage, € toutes sortes de fruits, les uns en fleur prêts à fructi- « fier qui sont les advocats escoutants, les autres sont « fruits qui se recueillent tous les jours sur le lieu, qui « sont les avocats plaidants, et les autres qui sont en « pleine maturité, ne pouvant longtemps arrêter sur € Tarbre, sont réservés pour les maisons, qui sont les « advocats consultants. > Derrière eux, s'asseyaient les procureurs, sur des bancs non fleurdelysés, dans la huitième enceinte du barreau. Plus de quatre cents personnes dépendaient directement du Parlement de Toulouse ou lui faisaient cortège à ces solennelles assemblées. Ainsi avait progressé cette compagnie formée de dixsept membres sous Charles VII, de soixante-dix-neuf à la fin du seizième siècle et de plus de cent cinquante à la veille de la Révolution. Lès dames et les gens de qualité occupaient des tabourets derrière les procureurs ; après les dames venaient les bourgeois et le peuple.
Les parlementaires, étant ainsi entrés, descendaient au parquet de l'audience et la messe du Saint-Esprit commençait à la chapelle. Un évèque officiait au bruit de Torgue et des chants religieux. Les parlementaires s'agenouillaient sur des carreaux de velours, accoudés au banc de la noblesse couvert d'un tapis de soie, et n'ayant personne devant eux. Au moment où finissait le Credo, le Parlement tout entier, le premier président en tète, allait à Tofifrande vers Tévêque officiant assis devant l'autel, en sa chaise pontificale, les mains gantées de mitaines rouges et donnant à baiser son anneau aux parlementaires à genoux sur un carreau. Seuls les conseillers clercs, ayant un caractère sacré, se dispensaient de s'agenouil-