CHAP. IX. — ORDRE DES PRÉSÉANCES
1er en baisant Panneau. Après YAgnus Dei, le sous-diacre ayant offert la paix à baiser aux présidents, la remettait au premier huissier qui la tenait avec un voile et l'offrait, en robe rouge et bonnet royal, à tous les membres du Parlement. A sa suite, marchait le doyen des avocats, une tasse d'argent ou un plat-bassin à la main pour recevoir les offrandes. En parlant de la messe du Saint- Esprit, La Rocheflavin disait, dans ce passage de ses Treize Parlements de France, qu'on prendrait pour une page détachée de saint François de Sales : « Le soleil levé « éclaircit l'air, comme fait pour la justice Fesprit de « Dieu qui est invoqué. L'homme juste, qui a les ailes « du Saint-Esprit, toujours elles l'accompagnent et tou- « jours elles le portent et toujours empiument ses ac- « tions, car il faut ressembler à la caille qui, passant la « mer, a toujours une aile au ciel et une autre abaissée « vers les ondes. Aussi, puisque notre vocation nous se- « mond de vaquer aux affaires basses et mortelles qui « sont les vagues et les flots de ce monde, une de nos « ailes doit toujours être élevée vers le ciel pour recevoir « le vent du Saint-Esprit et être plus légèrement portée. »
Cette messe « rouge > s'appela plus tard messe des Révérences, à cause des saluts faits devant l'autel par les magistrats à la manière des chanoines, des princes aux funérailles royales et des enfants de chœur.
La messe achevée, tout ce monde de seigneurs, de prélats, de cat)itouls, de dames, de bourgeois ou de peuple sortait de la grand'chambre où ne restaient que les membres du Parlement et ceux qui avaient droit de séance ou qui devaient prêter serment. Les portes closes, le premier président haranguait cette assemblée silencieuse
et recueillie, et ordonnait au greffier de lire les ordonnances royales qui contenaient les règles et les devoirs imposés aux magistrats et aux huissiers. Dès que le greffier avait i&ni sa lecture, le premier président se levait de son siège et s'agenouillait devant le plus ancien des présidents à mortier qui tenait en mains le juratoire, vieux tableau où était peint le Christ crucifié, ou le livre des Évangiles, ou le missel ouvert au Teigitur, sur lequel le premier président, mettant les deux mains, jurait de garder et de faire garder les ordonnances. Puis, il prenait à son tour le juratoire et recevait le serment des membres du Parlement, en commençant par les gouverneurs et lieutenants généraux de la province qui devaient alors quitter leur épée. Les prélats prêtaient le serment debout et la main sur la poitrine. Après les prélats, les présidents à mortier, les maîtres des requêtes et les conseillers à genoux, prêtaient serment sur le juratoire.
Dans ces ordonnances en langue latine, on trouve la règle imposée aux parlementaires de ne point interrompre leurs travaux du palais pour leurs affaires privées, de n'écouter aucun plaideur en dehors des audiences, de ne souffrir aucune interruption de la part des procureurs pour appointement de requêtes ou autres sujets, de ne jamais interrompre au conseil le président dans la position des questions, de ne pas parler avant leur tour, de ne pas violer le secret des délibérations, de ne pas tolérer les outrages des avocats, des procureurs ou des parties, de ne point conférer avec les magistrat s des autres chambres qui viendraient tournoyer aux audiences ou aux séances de lachambre du conseil, d'écrire eux-mêmes leurs arrêts et leurs rapports, de ne pas désobéir au roi