‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 86 sur 295 · CHAP. IX. — PRESTATION DU SERMENT 24I · texte numérisé non relu

CHAP. IX. — PRESTATION DU SERMENT 24I

solliciter les juges et de retarder la marche des affaires. Us juraient aussi d'observer Theure matinale des audiences, l'ordre et le silence, sous peine d'amende et de privation de leurs offices. On leur imposa enfin, pendant les guerres religieuses, le serment de vivre selon les lois de l'Eglise catholique, à peine de confiscation de leurs charges. Ceux qui violèrent ce dernier serment, vaincus et eflOrayés, échappèrent par la fuite aux châtiments de la Cour et aux vengeances populaires. Ils ne pouvaient reprendre l'exercice de leur profession qu'en abjurant.

Le greffier Lacombe, qui se plaît à raconter ces cérémonies, ajoute :

« Cette solennité finie, chacun se retire au son de la € grosse cloche du Palais pour se disposer aux visites c qui se font l'après-dînée, dont les générales sont chez c messieurs les présidents et gens du roi et après, les « particulières chez messieurs les conseillers, chacun « suivant ses inclinations et affections. »

C'est avec raison que l'avocat général, Louis d'Orléans, disait dans une de ses mercuriales : « Le jour de < la prestation de serment est la fête du Palais, la grande « fête et la haute solennité de la justice. La justice tient € ce jour-là sa cour plénière et sa maison parée; les € portes de son palais sont ouvertes, les oracles sont € déployés. » Un chancelier de France, Guy de Rochefon, disait plus rudement au Parlement de Normandie: « Présidents et conseillers, considérez le serment que € vous prêtez et que tout ainsi que vous jugez, vous € serez jugés. »

Ce n'est qu'au Parlement de Toulouse que le serment

se renouvelait chaque année ; les autres Parlements ne prêtaient serment qu'aux changements de règne. La Rocheflavin a démontré ainsi la nécessité de ce serment : « C'était un Parlement nouveau qui recommençait, « chaque année, par ordre exprès du roi, et aussi parce « que ceux de notre profession étant établis en ce monde « pour contrôler les actions des hommes, il est mal aisé « que parmi tant d*aflFaires, ne leur entre quelque boufiTée « de pestilence qui soit en danger de les perdre, s'ils n'y « prennent soigneusement garde. A cette cause, la fré- « quence de nos serments nous doit avertir que nous, « étant fragiles, avons besoin d'un très grand régime, « comme faisaient les Romains qui, à l'entrée de leurs € banquets, buvaient du vin mêlé d'absinthe, pour obvier € que les mets trop doucereux ne corrompissent leur « corps. »

Le lendemain, en chambre assemblée, et à huis clos, les gens du roi prononçaient une harangue où ils exhortaient le Parlement à travailler avec ardeur à rendre la justice. Ils la terminaient par la lecture de la liste des procès du domaine de la couronne et en requéraient la prompte expédition.

Trois jours après, on affichait le rôle des procès dans la salle des procureurs, et le premier huissier ayant fait battre de sa baguette ce tableau par un autre huissier pour assembler les procureurs, lisait le rôle à haute voix. La séance de l'ouverture des plaidoiries se renvoyait à huitaine, à partir de Touverture du Parlement, afin que durant cet intervalle de temps, on eût le loisir, au rapport du greffier Lacombe, de méditer sur le serment si solennellement prêté. Cet usage se prolongea jusqu'au

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