CHAP. X. — MORT DES AVOCATS
A 1^ mort d*un parlementaire, la Cour n'entrait pas à Taudierice le jour des funérailles; elle ne jugeait que de petits procès au bureau pendant la matinée et se reposait le' soir, suivant cette vieille maxime du Palais, que lorsque la Cour se lève le matin, elle dort Taprès-dînée. La maxime se trompait; elle avait oublié les audiences de relevée.
Quand un avocat mourait, on ne suspendait jamais le cours de la justice. Le jour des funérailles de l'avocat Marmiesse, un des plus célèbres avocats de France, un conseiller du Parlement de Toulouse proposa à la grand'chambre de ne pas ouvrir l'audience en signe de deuil. On craignit le retour de motions semblables : afin de tout concilier et d'honorer la grande mémoire de Marmiesse, on décida que l'audience ne s'ouvrirait que pour la forme : on appela quelques procès, sans en plaider aucun.
Enfin, il n'y avait pas audience à la grand' chambre aux jours d'assemblée des chambres pour des afi*aires urgentes et importantes et aux veilles de la prononciation des arrêts généraux. Il faut se hâter de dire que les audiences n'étaient vraiment perdues que lorsque ces fêtes ou ces jours de deuil se rencontraient un lundi ou un mardi ; s'ils tombaient au jeudi, le Parlement renvoyait l'audience au vendredi.
Les fêtes invariables où le Parlement cessait les audiences, étaient la Noël, Pâques et la Pentecôte. A la Noël, les vacances commençaient l'avant- veille de la fête et se prolongeaient jusqu'au lendemain des Rois. A Pâques, elles allaient du mardi saint à Quasimodo, et à la Pentecôte du jeudi avant la fête au dimanche de la
25o HISTOIRE DU PARLEMENT DE TOULOUSE
Trinité. Les vacancesduraientde la Notre-Dame d'août à la Saint-Martin d'hiver. On jugeait pourtant les défauts jusqu'au 1 3 septembre, veille de la fête de la Sainte-Croix. Ce jour-là, en chambres assemblées, le premier président prononçait la clôture des audiences par une courte harangue. Le lendemain, la chambre des vacations commençait ses travaux et ne terminait ses audiences que le 10 novembre, veille de la Saint-Martin d'hiver. A certaines années, pendant les guerres ou les pestes, le Parlement, de son plein gré ou en vertu d'une ordonnance royale, n'entrait pas en vacances et continuait le cours des audiences, ainsi que cela eut lieu en i5o2, 1535, 1548, i553 et 1589. Dès que l'heure de la liberté avait sonné, les parlementaires quittaient leur robe, enfermaient leurs longs cheveux dans une bourse et prenaient l'habit des vacances, en soie grise et à boutons d'or- Mais, même au mois des vacances, la chambre des vacations composée de douze magistrats pris dans les diverses chambres, sous la présidence du premier président, jugeait les. petites affaires urgentes. En revenant des vacances, disait le procureur Jean Malesaigne, dans sa Forme et ordre judiciaire observé à la Cour de Parlement de Toulouse, € les magistrats reposés reparaissent plus allègres et plus forts. »
L'ordonnance du roi Charles VII, qui réglait le temps de l'ouverture des Parlements et des jours d'audiences, avait aussi réglé les heures des audiences. Elle disait : « Ordonnons qu'en nos cours de Parlement, Taudience « commencera à sept heures du matin, tout le long du « temps du Parlement jusqu'à dix heures, fors en carême € qu'on commencera à huit heures jusqu'à onze heures.»