CHAP. X. — HEURES DES AUDIENCES
Mais ces audiences de sept heures, réservées aux petites causes et aux petits avocats, n'étaient que le réveillematin de la justice.
Plus tard, en i5io, Louis XII rendit une ordonnance pour le seul Parlement de Toulouse : € Voulons
< qu'en notre dite Cour de Parlement de Toulouse,
< comme à Paris et Bordeaux, depuis Quasimodo, Tau-
< dience commence à sept heures du matin jusqu'à « onze. »
Le greffier Lacombe prend ici un ton de douce ironie : « L'exécution de ces ordonnances dépend absolument de « messieurs les présidents, lesquels l'observent ou relà- « chent du temps'ordonné, suivant Taffluence des affaires « ou les diverses rencontres qui surviennent, bien que « pour l'ordinaire, les audiences de carême soient de « plus de trois heures et qu'en été, sur les derniers mois, c elles soient de pareille durée.
« Que si, pour plusieurs occasions survenantes, il c arrive quelquefois que la Cour ne puisse pas entrer, « il est loisible à celui des messieurs qui y préside, « de faire gagner sur Vhorloge le temps qui s'est écoulé
< et même, dans beaucoup d'autres considérations, c il peut faire avancer ou reculer cette horloge comme 4L bon lui semble, car la direction en appartient à c celui seul qui préside à l'audience publique, soit de la « grand' chambre, soit de la Tournelle, sans qu'autre que
< lui s'en doive entremettre que par son ordre et mande- « ment. »
La plus belle prérogative des premiers présidents était de présider la grand'chambre, que les jeunes conseillers des enquêtes et le greffier Malenfant appelaient quelque-
fois le forum ou la chambre des plaidoyers, caméra pla^ ciiorum, et qui prit aussi, dans la bouche des premiers présidents, le nom ambitieux et exclusif de Parlement. En leur absence, ce droit revenait aux présidents à mortier* selon Tordre de leur réception, aux termes d une ordonnance de François P'. En l'absence des présidents à mortier, on prenait les présidents de la Tournelle, bien que les conseillers lais de la grand'chambre eussent le titre de présidents en vertu d'une ordonnance de Philippe le Bel. Ils élevèrent, un jour, la prétention de présider et d'écarter de la grand'chambre les présidents delà Tournelle. Par une mercuriale de 1795, le Parlement leur donna tort.
Depuis cette époque, les présidents de la Tournelle ne rencontrèrent aucune opposition, mais par une tradition qui ne paraît avoir jamais été rompue, ils ne prenaient pas deux-mômes la présidence de la grand'chambre et attendaient que la grand'chambre les appelât. A l'heure de l'audience, ils ne descendaient pas directement à la grand'chambre, ils partaient de la Tournelle, se présentaient au bureau de la grand'chambre en disant qu'ils étaient prêts ; delà, ils passaient à la chambre des manteaux, y prenaient la robe rouge, le manteau et le mortier selon la saison, et entraient à l'audience.
Une autre prérogative, dont jouissaient les premiers présidents, comme chefs souverains du Parlement et princes de ce sacré sénat, ainsi que les anciennes ordonnances les appellent, était, les jours d'audiences, d'aller de leur maison au Palais et de retourner du Palais à leurs maisons, en robe rouge, d'entendre ainsi la messe et d'avoir, devant eux et sous leurs genoux, un tapis fleurde-