‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 94 sur 295 · CHAP. X. — VÊTEMENT DES PLAIDEURS, ETC · texte numérisé non relu

CHAP. X. — VÊTEMENT DES PLAIDEURS, ETC

remettre leur épée aux mains de l'huissier : on ne laissait répée qu'aux chevaliers de Malte, créés pour défendre la chrétienté contre les infidèles et restant armés même à la sainte table. Au jour de ces entrées, un capitaine des gardes, Tépée nue, un président et deux conseillers allaient recevoir le gouverneur ou le lieutenant général sur le perron dont ils descendaient deux degrés et raccompagnaient à sa place à la grand'chambre. Cette place était marquée par un drap de velours violet à fleurs de lys d'or, par un carreau servemt de siège et par un autre carreau pour les pieds. Puis, le gouverneur ou le lieutenant général faisait un compliment et le premier président lui répondait.

Avec le temps, ces belles cérémonies perdirent de leur éclat ; on n'en retrouve plus la trace après la réception du comte de Touruon en 1689 et des seigneurs de Roquelaure, d'Albret et de Noailles. On se contentait d'aller au bureau, sans pompe et sans bruit.

On eut plus de souci à observer les règles de la présentation des lettres de grâce. Les guichetiers de la prison transféraient le condamné, les fers aux pieds, de la conciergerie au parquet de l'audience. C'est en cet état que parurent à diverses reprises, devant la Cour, le comte de Noailles, sénéchal du Rouergue, et beaucoup d'autres seigneurs condamnés à mort. Une fois entré au parquet, le condamné, tourné vers le siège du premier président, fléchissait les genoux et restait agenouillé pendant la plaidoirie et jusqu'à la prononciation de l'arrêt. On ne permettait qu aux conseillers du Parlement de présenter leurs lettres de grAce, enrobe, sans fers aux pieds, debout et sans jamais s'agenouiller, ainsi que cela se fit

pour le conseiller aux requêtes Roux de Puyvert, qui n*en devint pas moins président à mortier.

La main levée sur Tévangile de la Passion, le condamné répondait aux questions que lui adressait le premier président, et la Cour, après avoir examiné si les faits exposés par les lettres de grâce étaient vrais ou mensongers, entérinait ou rejetait ces lettres, selon qu'elles lui semblaient € obreptices ou subreptices ». Une femme condamnée à être pendue pour avoir tué son mari, ayant présenté un jour ses lettres de grâce, il y eut partage au Parlement, qui finit par rejeter les lettres royales et prononcer de nouveau la psi ne de mort. Si la grâce était entérinée sans amende, la Cour commandait aux geôliers d'enlever les fers et de mettre sur-le-champ le condamné en liberté. En cas d*amende, les geôliers le ramenaient en prison.

Les lettres de pardon accordées aux complices des meurtriers se produisaient avec les mêmes humiliations. On apportait la même solennité dans la présentation des lettres d'abolition obtenues par des condamnés à mort pour des attentats extraordinaires contre TEglise et les villes et pour crimes d'impiété, sacrilège et rébellion à main armée. On usa d'abord de semblables rigueurs envers les duellistes graciés par les rois à leur joyeux avènement à la couronne, ou à leur entrée dans quelque grande ville du royaume ; on se contenta, plus tard, d'entériner ces lettres de pardon en l'absence du condamné laissé en prison, jusqu'au moment de l'arrêt d'abolition. Cette fois, la Cour se bornait à examiner si le duel avait mérité la condamnation et si le condamné s était soumis au châtiment imposé par son crime.

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