CHAPITRE XI
Les plaidoiries. — La Saint- Yves. — Les avocats plaidant pour euxmêmes. — Les réquisitions et les conclusions des gens du roi. — Ecritoire d'argent donné par les capitouls. — Le pas sur les greffiers accordé aux gens du roi. — Affaires plaidées à la grand 'chambre. — Manière de rendre les arrêts. — Partage. — Les conseillers clercs et les affaires criminelles. — Prononciation des arrêts. — Appels comme d'abus. — Amendes de fol appel. — Les doyens. — Flagrants délits à l'audience. — Les causes grasses. — La Tournelle. — Les devoirs des greffiers. — Le sceau du Parlement.
Plaider, c'est se battre. C'est le vieux Beaumanoir qui Ta dit, en ajoutant qu'il fallait de bons combattants à ces batailles de la parole ou de Tépée. La plaidoirie était le royaume des avocats. Les procureurs plaidaient pourtant au Parlement de Toulouse des affaires sans importance et des questions de procédure. Ils avaient surtout à préparer les procès aux avocats, sans prétendre à plaider, sous peine d'amende, et le Parlement les obligeait à assister les avocats pendant les plaidoiries, la tête découverte et le bonnet à la main dans la première enceinte, sans s'agenouiller, ni se mettre hors de l'enceinte du barreau, selon la coutume de quelques Parlements.
Les avocats plaidaient dans la première enceinte du barreau, tête nue, en parlant des matières appelées grandes ou petites entrées. Dans les causes d'appel, il mettaient le chaperon fourré sur l'épaule gauche et le président les engageait à se couvrir. Par un respectueux
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hommage envers la justice, ils attendaient toujours la deuxième ou troisième invitation du président, avant de se couvrir de leur bonnet. Souvent, de nobles plaideurs, des hommes d'église, de justice ou d*épée assistaient les avocats. Le président, voulant les honorer, disait alors: « Avocat, couvrez-vous, et votre partie aussi. >
A la f été de Saint- Yves ut au jour de leur réception, les avocats payaient 3 livres pour le pain bénit donné à l'église. Le jour de Saint-Yves, on célébrait la messe à réglise de la rue Nazareth sur les murs de laquelle quelque clerc de la basoche avait charbonné ces trois vers fameux de la prose chantée en Thonneur de saint Yves:
Sanclus Yves crai Brilo, Advocûtus et non latro, Rcs miranda populo.
Quand un avocat voulait plaider dans sa propre cause, il en sollicitait l'autorisation delà Cour, qui lui imposait l'obligation de se faire assister d'un autre avocat et d'un procureur. A la fin de sa plaidoirie, il cédait la parole à l'avocat qui l'assistait et qui lisait les conclusions, une partie ne pouvant jamais ni requérir ni conclure.
Cette faveur de plaider dans sa propre cause était parfois accordée à des parties qui n'appartenaient pas au barreau. C'est ainsi qu'on vit plaider, un jour, au Parlement, un Irlandais qui disputait à un Provençal une place de régent à Montpellier; plus tard, un gentilhomme de Saintonge contre sa fille, et, enfin, un conseiller au Parlement de Paris, dans une cause évoquée et renvoyée au Parlement de Toulouse.
Les gens du roi parlaient, au parquet, à leurs places ordinaires, debout, faisant signe d'ôter leur bonnet dans toutes les causes et le remettant aussitôt, sans attendre l'invitation de se couvrir. Dans les affaires importantes, dès que le premier avocat général commençait à parler, le procureur général se levait pour montrer que le premier avocat général parlait en son nom. Il ne se levait pas quand le second avocat général prenait la parole, patce qu'étant assis entre les deux, il aurait em* péché le second avocat général de voir la Cour et d*ôtre vu par elle. Au procureur général « Toeil du Parlement et la sentinelle vigilante des magistrats » revenaient Faction publique dans le ressort et la poursuite des crimes et délits ; aux avocats généraux Taudience et la parole. Le jour de leur installation, les capitouls complimentaient les avocats du roi et leur offraient, en présent, une écritoire d'argent. Les gens du roi n'assistaient pas aux délibérations de la chambre du conseil, mais à Taudience, ils parlaient sans jamais être interrompus, môme quand Theure de l'audience était écoulée, parce qu'ils représentaient le roi et que le roi ne devait jamais être interrompu. Leurs substituts se plaçaient, en prenant la parole, au bout du barreau, du côté du banc des sénéchaux. La Cour les invitait à se couvrir, bien qu'ils ne plaidassent que des entrées ; ils ne pouvaient se couvrir sans cette invitation ; on les assimilait alors aux avocats.
Ce n'est qu'à la fin du règne de Henrj IV ou au commencement du règne de Louis XIII, que les gens du roi eurent le pas sur les greffiers. Au quinzième siècle, les greffiers marchaient devant eux. En l'absence des gens