CHAP. XV. — CONFLITS DE JURIDICTION
par la violence des eaux. Le Parlement, étant en vacances, s'assembla aussitôt afin de châtier les voleurs accourus à Toulouse pour pilier les maisons abandonnées et s'emparer des épaves charriées par le fleuve. Sur tous les points menacés, se portaient, à toute heure le premier président de Maniban et le procureur général Le Masuyer qui organisèrent, de concert avec l'intendant et les capitouls, des comités de secours. Aux sollicitations du premier président, le roi répondit par renvoi d'une somme de 248,000 livres, à répartir entre les villes inondées.
Les vacances terminées, il se fit un grand bruit autour d'un nouveau bréviaire imprimé à Lyon, et renfermant les propositions les plus formelles en faveur des prétentions du Saint-Siège au gouvernement temporel de la chrétienté. C'est de l'évùque do Montpellier que partit le premier cri d'arlarme, qui trouva un écho aux Paurlements de Paris, de Bretagne et de Metz. Au Parlement de Toulouse le silence se fit sur cette levée de boucliers. On s'y préparait à engager une lutte contre le roi dans la création de nouveaux impôts. Quatre ans, le Parlement refusa son enregistrement et finit par faire reculer le roi. On avait eu des inquiétudes sur la vie du premier président accablé de soufirances. Dès qu'on le vit apparaître aux audiences, le peuple alluma des feux de joie sur les places et illumina ses maisons, pendant qu'expirait le vieux conseiller de Rochemonteix dont le bourgeois Barthès a noté la mort, de ce mot rapide : « Ce grand « chambrier fut d'une intrépidité à toute épreuve ».
Depuis bien des années, des conflits de juridiction divisaient le Parlement, la Cour des aides établie à Mont-
pellier et les bureaux des finances. On se perdait dans ce chaos d'édits et de questions de compétence, que trancha une déclaration royale du 20 janvier 1786, mais le Parlement ne voulut jamais abdiquer son attribution la plus chère, sanctionnée par tant de rois, d'accueillir ou de rejeter l'enregistrement des édits bursaux. Sur ce point, Louis XV trouva le Parlement de Toulouse inébranlable. On a écrit qu'il l'appela, un jour, une muraille de fer.
La victoire de Fontenoy fit oublier cet échec au roi qui entra, à ce moment, dans une voie de tolérance envers les protestants. Ses armées n'étant pas heureuses en Italie, il se souvint de la conspiration de Cellamare et de la tentative de soulèvement dans les Cévennes. D'une main prodigue, il distribua des grâces aux villes fidèles et aux familles catholiques qui l'avaient bien servi. C'est ainsi que le président aux enquêtes François- Joseph de Portes dePardaillan, petit-fils du premier président Jean de Bertier, obtint la création du marquisat de Portes, et que le procureur général Le Masuyer vit ériger ses terres en marquisat de Montégut. Les lettres patentes adressées à Le Masuyer disaient : « Ce magistrat, depuis
< plus de soixante années, en suivant les traces du
< sieur Le Masuyer, son père, et celles de ses ancêtres, € n'a pas peu concouru à apaiser les troubles excités par
< les gens de la religion prétendue réformée, en poursui-
< vant sans relâche et conformément aux lois de notre
< royaume, les démolitions de leurs temples dans toute « la Province, prévenant et empêchant leurs assemblées « qu'il a souvent interrompues et dissipées par sa pré- € sence, faisant même arrêter leurs chefs et ministres. »