‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 106 sur 182 · CHAP. XV. — LES FOURCHES PATIBULAIRES · texte numérisé non relu

CHAP. XV. — LES FOURCHES PATIBULAIRES

sant tomber de son cœur, fermé à toute pitié, que ce mot d'une joie sinistre : < C'est mon plaisir et tout est dit. »

Tel était le nombre des suppliciés, que pour ne pas encombrer les fourches patibulaires, on n'y portait point les cadavres des femmes infanticides ou condamnées pour vols domestiques, et transportés aussitôt au cimetière Saint-Aubin ou aux amphithéâtres d'anatomie ; souvent même, le bourreau jetait aux fossés des routes les corps des voleurs jugés prévôtalement et pendus sur le lieu du crime. Parfois, on les exposait sur les chemins de Montaudran, de Saint-Martin-du-Touch, de Bourrassol ou à la Croix-des-Egaux, sur la route de Montpellier.

Aux journées chaudes de Tété, personne, selon ce qu'en a dit Barthès, ne pouvant passer par ces sentiers, < à cause de la puanteur » ; les voisins supplièrent les capitouls de rétablir les fourches des quartiers des Récollets, près du chemin de Saint-Anne, afin d'éviter les accumulations de cadavres, et d'en faire ainsi le partage entre les quartiers du nord et du midi. I^es capitouls refusèrent de relever les gibets des Récollets, et se bornèrent a réparer les murs de la Salade et de faire bâtir six piliers, portant six grosses barres de fer qui retenaient vingt-six carcans destinés à la suspension des cadavres, pour que ces corps, condamnés à être privés de sépulture, séchassent ù tous les airs.

Le tableau de l'administration de la ville de Toulouse rédigé, pour Tannée 1785, par l'ingénieur Hardy, qui dé couvrit trente cadavres oubliés dans ce charnier en ruines, a décrit ainsi ce lieu do supplice : c C'est avec peine € qu'on se prête à la description de ce monument; on

€ doute qu'il y ait jamais eu son semblable ; il est cons-

< truit en murs de quarante-cinq pouces d'épaisseur,

< sur douze pieds d'élévation; au-dessus des murs d'en- € ceinte, sont élevés six piliers en maçonnerie de douze € pieds de hauteur, sur trois pieds en carré terminés en € pointe. A la hauteur de neuf pieds, sont placées de € grosses pierres de taille dans lesquelles sont scellées

< des barres de fer d'environ deux pouces en carré, où € sont attachés les colliers qui supportent les cadavres, € au nombre de vingt-six. En dedans de l'enceinte est € un gros poteau, placé sur un dé en pierre de taille, « entretenu par des contre-fiches. Sur ce poteau, à la « hauteur de quinze pieds, est placée une roue horizon- « taie, en fer, de huit pieds de diamètre, avec ses doubles

< rayons. Attenant la dite roue, est une grosse échelle « avec ses marches plates et sa main courante; le tout € peint en rouge. »

Ce que ne dit pas ce document, c'est que pour travailler à ce chantier maudit, on ne trouva, en 1769, aucun ouvrier, et que les capitouls se virent obligés de réquisitionner des maçons et des serruriers, et de les faire escorter par des soldats pour les empêcher de s'enfuir. Le premier cadavre, attaché à ces carcans neufs, fut celui d'un faux-monnayeur pendu à la place du Salin.

A cette époque et à partir de 1760, le royaume entre dans une période confuse, attristée par d'humihantes défaites et par le déclin de la monarchie. L'histoire du Parlement va se dégager, à son tour, des périodes ingrates et monotones du règne de Louis XIV, de la régence et des premières années du règne de Louis X V : il va reprendre une ère de procès retentissants et de luttes violentes.

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