CHAPITRE XVII
Le procès de François Rochelle et des frères Grenier. — Calholiques et protestants en guerre. — Arrestation des accusés. — Le procès au Parlement. — L'arrêt. — L'exécution. — Affaire Sirv'en. — Second centenaire des fêtes de la Délivrance.
En cette année 1762, où se jugea le procès des Calas, il y eut un réveil d'intolérance contre les protestants. Pendant que Calas se débattait contre l'accusation qui enveloppait sa famille, le Parlement condamnait à mort, le 18 février, le ministre François Rochette, pour avoir prêché, baptisé, célébré la cène, présidé les assemblées au Désert, et trois gentilshommes verriers, pour avoir tenté d'arracher le ministre Rochette à la prison.
Ce François Rochette était le troisième supplicié de sa famille, son oncle et son grand-père, ministres comme lui, ayant, ainsi qu'il le disait, souffert la mort pour la cause de Dieu, Des Hautes-Cévennes, sa patrie, où il reçut l'imposition des mains, il alla prêcher dans l'Agenais et le Quercy. Une nuit, on l'arrête sur la route de Montauban à Caussade ; les protestants se soulèvent et menacent de faire le siège de son cachot. Au bruit du tocsin, les catholiques prennent les armes ; protestants et catholiques en viennent aux mains et on put croire, un moment, à de sanglants combats. Tout se passa en cris et en injures. La prison eut d'abord raison des plus violents.
De Montauban, on entendait sonner, partout, Je tocsin, dans la campagne. Trois frères, gentilshommes verriers, des environs du Mas-d*Azil, au comté de Foix, les trois frères Grenier, qui prenaient les noms de Henri de Commel, Jean de Sarradou et Jean de Lormade, accourent au secours de Rochette. Poursuivis par les soldats de la milice, qui lancent sur eux une meute de chiens, ils sont arrêtés, à leur tour, et enfermés aux prisons de Cahors. De Cahors, on les conduisit aux prisons de Toulouse où le Parlement reprit Tinformation. De tous côtés, les protestants imploraient la clémence du Parlement et rintervention du maréchal de Richelieu, gouverneur de la province ; les prisonniers rédigèrent un mémoire en défense qui se terminait par cette phrase de l'Ecriture sainte : c Voyez ce que vous faites ; vous € n'exercez pas la justice des hommes, mais bien la jus- € tice de Dieu, et tout ce que vous jugerez retombera € sur vous. »
Le i8 février, la Tournelle rendit son arrêt. Il condamnait le ministre Rochette à être pendu, après avoir fait amende honorable en chemise et la hart au col, et les trois frères Grenier à être décapités. D'autres prisonniers, leurs complices, furent envoyés aux galères ou bannis. Le même arrêt décréta d'arrestation trois ministres du Haut-Languedoc, des Hautes-Cévennes et du comté de Foix. Le lendemain, on exécuta l'arrêt. Rochette ne voulant jamais descendre de la charrette, pour faire amende honorable, le bourreau l'y contraignit. Il s*agenouilla alors sur le parvis de l'église Saint-Etienne et dit: « Je demande pardon à Dieu de tous mes péchés, « et je crois fermement en être lavé par le sang de Jésus-