‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 110 sur 182 · CHAP. XVII. — PROCÈS DES FRÈRES GRENIER · texte numérisé non relu

CHAP. XVII. — PROCÈS DES FRÈRES GRENIER

€ Christ, qui nous a rachetés à grand prix. Je n'ai point « de pardon à demander au roi ; je l'ai toujours honoré « comme l'oint du Seigneur ; je l'ai toujours'aimé comme- « père de la patrie; j'ai toujours été bon et fidèle sujet « et les juges m'en ont paru très convaincus. J'ai tou- « jours prêché à mon troupeau la patience, l'obéissance, € la soumission et mes sermons, qu'on a en mains, sont € renfermés dans ces paroles : Craignez Dieu, honorez « le roi. Si j'ai contrevenu à ses lois, touchant les as- « semblées religieuses, c'est que Dieu, m'ordonnait d'y € contrevenir. Il faut obéir à Dieu, plutôt qu'aux hom- « mes. Quant à la justice, je ne l'ai point offensée et je « prie Dieu de pardonner à mes juges. »

Ce n'est pas sur la place Saint-Georges que fut dressé le gibet, mais sur la place de la Monnaie, au milieu d'une foule immense. Arrivé au pied de la potence, Rochette chanta ce verset d'un psaume de David :

La voici, l'heureuse journée Qui répond à votre désir.

Il détournait la tète, quand le prêtre l'exhortait à abjurer et à mourir dans la foi catholique. Au moment où il allait parler au peuple du haut de l'échafaud, les tambours et les fifres du régiment de Berry, rangé en armes sur la place, étouffèrent sa voix. Le bourreau se hâta de l'étrangler.

Les trois jeunes gentilshommes verriers, restés sur la charrette des condamnés, assistaient à ce supplice; le plus jeune, âgé de vingt-six ans, ne pouvant regarder le gibet sans frémir, se voila le visage de ses mains. Dès que Rochette eut expiré, tous les trois s'embras-

sërent dans une suprême et fraternelle étreinte et recommandèrent leur âme à Dieu, en repoussant les curés de Saint-Sernin, de Saint-Pierre et de la Dalbade qui essayaient de les convertir. C'est par le plus âgé que commença le bourreau : on espérait qu'en voyant tomber les têtes de ses frères, le plus jeune tremblerait et demanderait miséricorde. Au bourreau, qui l'engageait à se convertir, il se contenta de répondre : c Fais ton de- € voir. > Et sa tête roula sur Téchafaud.

Trois mois après, se déroulait au Parlement un procès de parricide, semblable à l'accusation portée contre Calas, et dont Voltaire allait prendre encore la défense. Depuis plus de vingt ans, un protestant, feudiste ou commissaire à terrier, du nom de Sirven, habitait Castres, avec sa femme et ses trois filles élevées dans la religion réformée. Une d'elles, Elisabeth, âgée de vingtdeux ans et qui passait pour vouloir embrasser la religion catholique, fut enlevée par les ordres de l'évéque et conduite au couvent des Dames Noires, afin de l'amener à une abjuration solennelle. D'un esprit simple et facile à troubler, après sept mois de séquestration, elle eut des hallucinations étranges, et d'ardentes ferveurs ascétiques ; elle finit par tomber dans la folie. Sa famille la reprit et alla se fixer au château de Saint-Albi, près de Mazamet. A Saint-Albi, ce furent des égarements d'une autre nature. L'idée fixe d'Elisabeth était le mariage, et plus d'une fois, son père et sa mère, afin d*amortir cette fièvre étrange, se virent obligés de l'enfermer et de l'attacher dans sa chambre. Ils ne lui en témoignaient pas moins une tendresse qui ne se démentit jamais.

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