‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 11 sur 182 · CHAP. II. — PROCÈS DE LA ROCHEFLAVIN · texte numérisé non relu

CHAP. II. — PROCÈS DE LA ROCHEFLAVIN

« mourir innocent, il le fait mourir innocent et géhenne,

< car mille et mille ont chargé leur tête de fausses con-

< fessions. Que ne ferait-on pas pour fuir de si grandes « souffrances ! »

Le Parlement de Toulouse inexorable, en son audience du II juin 1617, revint de son erreur et comprit que l'œuvre condamnée était une œuvre de bonne foi. Ses rigueurs s'apaisèrent, et le livre de La Rocheflavin, sorti de nouveau des presses étrangères, arriva de Genève, environné de cette popularité triomphante que donnent les persécutions. L'arrêt de la Cour tomba de lui même. Le Parlement sentit que les persécutions qui sont des actes de force ne sont pas toujours des actes de sagesse. Du milieu même de ce Parlement qui condamnait ce livre d'histoire à être lacéré et rompu, partirent de courageuses protestations, et de la même main qui venait de rompre le livre, le greffier Malenfant a transcrit sur les registres, au haut d'une marge, cette annotation vengeresse : < arrêt injuste contre M. de La Rocheflavin. > C'était le cri de sa conscience soulevée et sa manière de formuler ses protestations.

Il y a des âmes vraiment nées guerrières. Loin de les amollir et de les abattre, les épreuves, les injustices et les blessures ne font que les retremper et les ranimer pour de nouveaux combats. La Rocheflavin était de ces hommes vaillants à la peine qui croient que le repos ne doit arriver qu'avec la mort. Son front foudroyé ne plia pas devant l'arrêt du Parlement ; il répandit, dans le royaume, un écrit contenant les motifs de cassation de cet arrêt, en se plaignant de ce que la décision du Parlement avait été, contre toutes les tra-

ditions et toutes les règles, affichée dans les carrefours de Toulouse et expédiée aux Parlements de Paris et de Bordeaux, afin d'attirer sur lui d'autres tempêtes dans ces deux ressorts. Ce n'était pas une &me tempérée, comme le voulait Platon, mais une nature aventureuse, ouvrant partout la brèche et s'élançant au-devant du danger, sans le bien voir et le comprendre. Au milieu de ses traverses, rien n'ébranlait sa persistance. A voir son portrait, les sourcils froncés, les yeux pleins d'un feu vif, Thermine rejetée en arrière par la main qui tient le mortier comme un bouclier, on dirait un capitaine sous l'armure.

Il remonta sur son siège et se reprit à travailler, comme en pleine jeunesse à un ouvrage dont le cadre pouvait fournir un vaste champ à sa science. Il recueillit les arrêts notables du Parlement de Toulouse, dégagés de l'érudition indigeste d'autrefois et il songeait à rassembler, dans cette œuvre de sa vieillesse, les antiquités, les singularités et les choses les plus mémorables de Toulouse et des villes du ressort. L'histoire tout. entière du midi de la France devait se fondre dans ces recherches patriotiques ; les états du Languedoc battirent des mains à cette nouvelle et accordèrent à La Rocheflavin, en récompensé de tant de travaux, une subvention de 726 livres. Les forces du vieux parle^ mentaire de soixante-quinze ans trahirent son courage : il n'eut que le temps de faire imprimer le plan et une sorte d'abrégé de ce grand ouvrage. En 1627, la moft l'empêcha d'y mettre la dernière main.

J'ai laissé en arrière bien des décisions et des arrêts. Le Parlement défendait aux villes rebelles de sefortifier;

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