‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 112 sur 182 · CHAP. XVII. — AFFAH*E SIRVEN · texte numérisé non relu

CHAP. XVII. — AFFAH*E SIRVEN

tendant le jour de la réparation. Voltaire les vit et s'enflamma pour eux. Il écrivait à Moultou : « Figurez-vous quatre moutons que les bouchers accusent d'avoir « mangé un agneau. Voilà ce que je vis. Il est impossible « de vous peindre tant d'innocence et de malheur. » Pendant neuf années, il ne cessa de soutenir cette innocence; mais il n'avait plus, pour frapper et entraîner l'opinion en France et en Europe, le supplice de la question ou de la roue à raconter. Il l'écrivait gaiement à la marquise de Florian : € Cette affaire me tient au cœur, mais elle « n'aura pas l'éclat de celle des Calas: il n'y a eu malheu- « reusement personne de roué. » Il disait aussi dans une lettre à d'Argental, comme pour s'excuser de cette nouvelle prise d'armes: c Voilà trop de procès de parricides, « dira-t-on, mais,mesdivinsanges,àquienestlafaute?» Avec une énergie toujours croissante, il presse Elle de Beaumont de rédiger un mémoire pour le Conseil d'Etat, en lui montrant ce procès comme le plus grand honneur de sa carrière. Il l'enremercie en disant: « Vosmémoires « sur les Calas sont de beaux monuments d'éloquence; € celui-ci est un effort du génie. » Il en parlait avant de le connaître: le mémoire lui parut, au coutraire, médiocre, mais il n'osa se fâcher de peur de se brouiller avec Elie de Beaumont qu'il voulait retenir dans son camp. Il s'adresse à toutes les puissances de la terre et implore des secours pour les exilés : il se sert de la flatterie, comme ruse de guerre et écrit à son ami Moultou : c Comptez « que nous sommes tous des imbéciles ; ce n'est point

< avec des livres qu'on obtient des grâces de la Cour, et « V Apologétique de Tertullien ne fut pas lu seulement d'un

< marmiton de cuisine de l'Empereur.... Il faut des for-

€ mes à MM. d'Aguesseau et Gilbert qui ne sont point « du tout philosophes; il faut auprès des ministres de « très 'grandes protections et point de livres. Aujour- € d'hui, il s'agit d'obtenir la protection de madame de € Pompadour. Le grand point est d'intéresser son € amour-propre à faire autant de bien à l'État que ma- € dame de Maintenon a fait de mal. C'est assurément € une très belle entreprise ; elle demande encore plus de € soin que l'affaire Calas. Je mourrais bien content si € j'avais mis une pierre à cet édifice. >

Il écrivait encore à Moultou : « Elie de Beaumont vient € de faire, en faveur des Sirven, un mémoire qui me pa- € raît digne de lui. J'espère que l'innocence triomphera € une seconde fois, et que l'Europe désormais ne repro- € cheraplus à la France des accusations continuelles € de parricide Ce 'est pas assez de prouver que l'in-

< toléranceesthorrible,il faut montrer àla France qu'elle € est ridicule... Il faudrait piquer d'honneur M. de Mau- € peou. Je réponds bien de M. le duc de Choiseul et de « M. le duc de Praslin. Madame d'Enville est à la Roche- € Guy on ; écrivez-lui, flattez sa grande passion qui est « celle de faire du bien et qui vous est commune avec elle. « Elle est capable d'aller exprès à Versailles. Le succès

« de cette entreprise rendra le roi cher à l'Europe

« Je me porte fort mal, mais je mourrai content avec « l'espérance de voir la tolérance rétablie. L'intolérance € déshonore trop la nature humaine. Nous avons été

< trop longtemps au-dessous des Juifs et des Hottentots. > Une première fois, malgré ses sollicitations et ses colères, le Conseil d'État repoussa la demande de Sirven. Voltaire se remet en campagne, plus adroit, plus re-

Page 1