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CHAPITRE XIX

La situation financière et le Parlement. — Le Parlement de Paris blâmé parle Parlement de Toulouse. — Lettre au roi. — Réponse du roi. — Remontrances. — Mission du duc de Fitz-James. — Lutte des capitouls contre le Parlement. — Correspondance secrète du premier président avec le ministère. — Attitude du premier président au Parlement. — Le duc de Fitz James à Toulouse. — Le duc de Fitz-James au Parlement. — Grave incident d*audicnce. — Embarras du premier président. — Lettre de cachet. — Résistance du Parlement. — Procès-verbal du duc. — Belle audience de nuit. — Changement de tactique du duc. — Prorogation du Parlement. — Le premier président et le chancelier. — Audience du ij. septembre. — Le premier président se sépare du Parlement. — Arrêt contre les actes du duc de Fitz-James. — Remontrances. — Un arrêt biffé par le duc. — Deux parlementaires aux arrêts. — Nouvelle audience. — Députation au roi. — Arrêt arraché des murs. — Lettre du premier président au chancelier. — Ses efTorts pour apaiser le roi. — Mise aux arrêts de tous les parlementaires, sauf le premier président et le doyen. — Un conseiller exilé. — Lettres du duc et du premier président. — Guerre ouverte du duc contre le Parlement. — Dénonciation du premier président. — Arrêts cassés. — Arrêts biffés. — Édits enregistrés au présidial, — Opposition du chapitre.

Une ère violente que des pamphlétaires ont appelée, dédaigneusement, l'équipée de Toulouse, s'ouvre à l'arrivée du duc de Fitz-James. Presque toujours, quand la Couronne décrétait de nouveaux impôts, le Parlement jaloux de sa popularité dans la province, discutait les édits bur- \ saux, adressait des remontrances, refusait d'enregistrer les édits et d'obéir aux lettres de justice ; il ne cédait qu'à '

Texprès commandement du roi. Effrayés de Ja rapidité des écroulements de la fortune publique, les Parlements opposaient aux caprices de la Couronne une puissante barrière et essayaient de la ramener au sentiment de la vraie situation des choses. A Toulouse, on acclamait les parlementaires qui reprochaient au roi, en traits saisissants, les prodigalités ruineuses, le désordre des finances et la misère du peuple. Un contemporain écrivait : « Si l'on parvient « à diminuer Tautorité et les prétendus droits des Par- € lements, il n'y aura plus d'obstacles à un despotisme € assuré. Si, au contraire, les Parlements s'unissent pour « s'y opposer par de fortes démarches, cela ne peut être € suivi que d'une révolution générale dans l'Etat. » A cette pensée prophétique, Jean-Jacques Rousseau donnait une forme plus précise dans YÉmile : « Nous ap- € prochons de l'état de crise et du siècle des révolu- « tions. Je tiens pour impossible que les grandes mo- € narchies de l'Europe aient encore longtemps à du- € rer. »

Les parlementaires disaient un jour au roi : « Les be- « soins de l'Etat sont-ils pressants, vous ordonnez ; l'or « et le sang de la nation coulent ; mais quelle nécessité « demande, sire, de nouvelles subventions ?... Tenant « lieu d'impôt, les corvées seraient légitimes, mais liées € aux tributs, elles sont injustes. »C'étaitunassautperpétuel des Parlements contre la monarchie.Le combat allait être plus vif et plus chaud en 1768. On avait espéré que les impôts multipliés pendant la guerre des Flandres et la guerre de Sept ans, seraient diminués ou retirés à la paix. Les illusions ne furent pas longues : au mois d'avril, un

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