CHAP. XIX. — LETTRE AU ROI
édit en ordonna la prorogation et une déclaration royale rétablit la perception d'anciens impôts.
- Le Parlement de Toulouse s'assemble et rédige des remontrances où se reflète une noble irritation : c Tout € impôt qui porte sur la subsistance du peuple sera tou € jours en contradiction avec Tautorité qui voudra Téta- € blir, parce que l'impôt étant le prix de la sûreté civile, € il n'y a plus à payer de sûreté là où il n'y a plus de « subsistances à prendre. Une reste alors le choix qu'en- « tre l'expatriation et l'esclavage. Il faut échanger la li- € berté contre la servitude, ou chercher des climats où « Ton puisse plus utilement transiger avec la loi publi- « que et jouir de la douce espérance de mourir citoyen. « La nécessité de libérer l'Etat, quelque pressante qu'elle « puisse être, ne saurait étendre son empire sur des « droits antérieurs à ceux de l'Etat. La première dette « d'un monarque, sire, c'est la subsistance de ses sujets; « prendre sur une dette auî^si sacrée pour en acquitter € d'autres, ce serait arracher dans le fondement d'un € édifice les pierres qu'on voudrait employer à le répa- « rer. Il faut qu'il y ait un terme où la loi fiscale s'arrête € et respecte la loi naturelle. » A partir de ces remontrances, s'engage une curieuse et secrète correspondance / entre le premier président de Bastard, le chancelier deLamoignon et le contrôleur général Bertin. Dans la première de ses lettres qui est du 29 juin 1768, le premier président signale au contrôleur général l'effroi que cause aux populations le projet de dénombrement, et l'estimation à laquelle les nouvaux édits soumettaient les biens immeubles. Et il lui donne les plus sages conseils, pour mettre un terme à cette situation pleine d'em-
bûches et pour provoquer des édits de nature à diminuer les lourdes charges de la province.
Le contrôleur général ne se départait pas de ses exigences commandées par les embarras des dernières guerres. Rien n'était plus difficile que cette situation du premier président, pressé d'un côté par le gouvernement, et en sens contraire par le Parlement. Quand les remontrances rédigées par le conseiller de Pibrac sont envoyées, le premier président s'en prend ainsi au Parlement de Paris : c Je serais garant du succès, si nous agis- € sions par nos lumières ; il en vient d'étrangères qui t gâtent tout, qui renversent les têtes et qui nous divic sent. La lumière la plus vive, ou au moins celle dont € on parle le plus est celle des autres Parlements et parc ticulièrement celui de Paris, c'est une épidémie. Il faut « être toujours son imitateur, sans faire attention à sa € propre dignité, non pas même à la localité. » Il terminait en vantant la mesure et la modération des remontrances auxquelles les têtes échauffées reprochaient leur ton trop adouci, et en réclamant duroi une réponse bienveillante pour le Parlement et obligeante pour M. de Pibrac. Le premier président disait en finissant : c Je vous € ai parlé avec franchise et je me flatte que vous vous € apercevrez que je suis conduit par le zèle le plus pur € pour le service du roi et pour le bien public qui sont « inséparables. »
Pendant que le ministère s'attardait à répondre, les ennemis du gouvernement gagnaient du terrain : le premier président de Bastard écrivait alors : c Je suis € véritablement affligé de tout ce que je vois et de ne € pouvoir y remédier efficacement. J'ai appris, par ma