CHAP. XX. — LE DUC A MONTBLANC
« messieurs seront bien compris dans la punition géné- € raie, mais ce n'est pas assez. Les deux premiers € méritent une punition très sévère. Tous les excès € peuvent leur être imputés. » Si les choses ne réussissaient pas, il réservait l'interdiction du Parlement et l'attribution de sa juridiction à la Cour des aides de Montpellier.
Le temps marchait et les vacances touchaient à leur fin, sans rien enlever de leur aigreur aux pamplhets et à l'irritation des esprits. Si habile que fut la dissimulation de M. de Bastard, elle n'échappa point à la défiance des parlementaires. Soutenus et enhardis par leurs amis et leurs familles, ils subissaient la mise aux arrêts, avec une constance qui étonnait Fitz-James. Dans cette société grave à la fois et élégante, les femmes jouaient un rôle important, et leur plaintes retentirent en ville, vives et amères, et méritant bien cette fine raillerie des livres saints, que la colère des femmes ressemble à la pluie dans les forêts, tombant deux fois, sur les feuilles et sur le sol. Elles allèrent même à Montblanc, crier sous les fenêtres du duc et de la duchesse, qui reçurent, sans trop s'en émouvoir, la grêle de paroles et les flèches ailées de cette escarmouche bruyante.
Au moment où couraient, à Toulouse, les bruits les plus alarmants sur de nouveaux châtiments promis aux parlementaires, une lettre du comte de Saint-Florentin arrivait à Montblanc, et laissait à la prudçnce du duc le soin de lever ou de maintenir les arrêts. Mandés parles duc, le premier président et le procureur général se rendirent à Montblanc,où Fitz-James leur offrit de lever les arrêts de la Cour, « aux conditions de ne rien délibérer
€ contre renregistrement et Texécution des édits et dé- € clarations du mois d'avril, contre les radiations des « arrêts de défense et de prorogation du mois de sep- € tembre et la transcription des arrêts du Conseil, de ne « mettre en délibération aucune question qui pût se rat- € tacher, directement ou indirectement, à ce qui s'était « passé à l'occasion de l'enregistrement, soit avant, soit < après, à autre fin que d'arrêter, rédiger ou envoyer « des remontrances au roi. »
Rien n'ébranlait les parlementaires. Pour quelquesuns qui inclinaient à la soumission, la grande majorité résistait, et les bulletins passés, de maison en maison, ranimaient les courages. Tandis que le premier président cherchait à ramener ces oppositions, le procureur général se tenait dans l'ombre et refusait de communiquer aux parlementaires les propositions du duc, dont il ne parlait qu'avec un haussement d'épaules. Il fallut une injonction formelle du duc, pour le décider à en aviser officiellement la Cour. La Cour ferme et hautaine s'attendait à un nouvel assaut, et se réjouissait en apprenant que les Parlements de Bretagne et de Provence venaient, par leurs arrêts, de blâmer Fitz-James, que le Parlement de Normandie donnait sa démission en masse, et que dans tout le royaume, les Parlements entraient en guerre avec la Couronne.
La Couronne s'en eflfraya et céda : elle retira les édits et déclarations du mois d'avril, cause de tant de désordres. Devant l'attitude du Parlement de Toulouse, le ministère s'avouait vaincu : le soir du 2 décembre 1768, par ordre du roi, Fitz-James leva les arrêts et en informa chaque parlementaire, en lui renvoyant sa promesse