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CHAPITRE XXII

Éloquence judiciaire au Parlement de Toulouse, au dix-septième siècle.

Ce n'était pas la faute du barreau, si ces sentiments d*une justice plus humaine et plus clémente n'entraient pas dans les lois de son temps. Tandis que les Parlements s'attardaient à ces pénalités cruelles d'une législation gardant l'empreinte du moyen âge, une merveilleuse voie s'était ouverte déjà à l'esprit français, à ces années du siècle de Louis XIV, où vivaient La Bruyère, Fénelon, La Fontaine et Molière, où Pascal écrivait les Provinciales, où le royaume tressaillait d'émotion, en entendant le Cid et Alhalie et la grande voix de Bossuet. Des jours heureux allaient se lever pour l'éloquence judiciaire; mais cette aurore était lente à paraître à l'horizon.

A ce dix-septième siècle, source inépuisable d'études et d'admiration, les traités de morale de Nicole, les écoles de Port-Royal et les plaidoiries de Patru éveillent, au Palais de justice, le goût des lettres pures et donnent un vif reflet à l'éloquence du barreau. Cette éloquence tenait alors, dans la vie, une plus large place qu'aujourd'hui. La tribune politique n'existait pas et la société avide de bruits et d'émotions n'avait que la chaire et le barreau, les vraies tribunes de ce siècle. Comme au temps de Ciceron, l'éloquence judiciaire était la première de toutes, et la plus difficile des œuvres humai-

nés. Il y a, dans la parole des avocats de cette époque, une élévation et une discipline inconnues au seizième siècle. La langue plus élégante, plus claire et plus forte a, sur les lèvres de d'Aguesseau, une noblesse et un éclat qui font pâlir les mercuriales et les harangues du règne de Henri IV. A son tour, la langue du Palais parvient à la période de sa plus haute beauté ; elle exprime les sentiments et les croyances de la société de ce siècle.

A Toulouse, cette influence de Patru et de d*Aguesseau se fait à peine sentir. Il semble qu'on y soit encore en plein seizième siècle. Les avocats continuent à citer la glose, les papes et les conciles et à s'égarer dans les souvenirs de la mythologie, de la Grèce et de Rome. A tout moment, ce sont de longues citations de poètes ou de prosateurs, athéniens ou latins.

En discutant la question de savoir à qui revient le payement des habits de deuil d'une veuve, Tavocat Olivier Barrade rappelle Thétis couverte d'un voile noir et pleurant, aux pieds de Jupiter, la mort de son fils Achille, tué au siège de Troie, Crassus se désolant de la perte d'une lamproie, et Cornélie de la mort des Gracques.

Dans un procès, où se débattait le droit des seigneurs féodaux et justiciers, de prohiber à leurs vassaux la construction de colombiers dans leurs terres, un autre avocat, Jean Duménil, disait : « De tout temps, les « hommes ont eu la passion des colombes, au rapport « de Pline, Varron, Columelle. Servius et Palladius. « Chez Homère, les colombes donnent l'ambroisie aux « dieux, et chez Pausanias elles rendent, en Dodone, les

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