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« réponse et les oracles. Plmeleur donne quelque chose ♦ de royal. » Je ne poursuis pas ces souvenirs historiques de tous les peuples, des Hébreux et des Gaulois, des Spartiates et des Thébains. Il y a trois pages sur ce ton.
Un autre, Baron, ami de Goudouli, à l'imitation de Patru, soutenait qu'une séduction muette et par muets truchements, ne pouvait jamais triompher, et que pour être aimé, il fallait beaucoup parler. Thèse d'avocat où Baron disserte comme mademoiselle deScudéry : ce jourlà, si Cathos eût assisté à raudience,elle eût dit certainement à Philaminte: «Voilà qui est poussé dans le dernier € galant, c*est là savoir le fin des choses, le grand fin, le € fin du fin. » En traitant une question de défrichement, Miramont citait vingt passages des Georgiques. On n'en finirait pas de reprendre ainsi ces discours surannés.
De loin, en loin, on entrevoit au travers de ces citations d'un autre âge, l'avènement d'une doctrine morale venue de Port-Royal, et étendant ses rameaux dans les provinces. Dans quelle terre, mieux que celle de la magistrature et du barreau, pouvait germer cette chrétienne et féconde semence qui allait donner la vigueur aux controverses, Tindépendance aux âmes et la fermeté aux convictions ? Cette fierté de Fesprit, ce respect des choses sacrées et cet amour du devoir qui furent les vertus d'Antoine Le Maître, de d'Aguesseau et des fils de Jérôme Bignon, passent d'un Parlement à l'autre, et sont partout recueillis comme un noble héritage . A Toulouse, le bon grain lève lentement ; mais à regarder de près cette génération d'avocats et de magistrats du dix-septième siècle, on entrevoit la marque janséniste. Loin de la vallée de Chevreuse, on rencontrait,
par tout le royaume, des amis et des disciples des solitaires, nourris à leurs traditions et à leur savoir.
Tous les avocats n'avaient pas la science austère de Port-Royal. L'école du bel esprit se glissa parfois au Palais, et les plaidoiries se chargent de métaphores, de comparaisons et d'une élégance de mauvais goût. Entre la manière de dire les choses naturellement et simplement, et la manière recherchée et ornée des précieuses, les avocats penchent encore vers cette dernière. La comédie des Plaideurs et les railleries de Molière ne les corrigent pas de ces travers. C'est surtout, en lisant les plaidoyers de Jean Boné, à la chambre de l'Edit de Castres, qu'on retrouve le style du barreau, en Languedoc.
On ne sait pas bien si Jean Boné était né à Castres. Il y vécut, du moins, trente-sept années, en y étant tour à tour avocat, consul et substitut du procureur général. C'est par lui, et dans une de ses harangues aux Etats de la province, qu'on a su qu'il avait abjuré la religion réformée. Ses débuts datent de l'année 1629 et ses plaidoyers furent imprimés en i65o; il savait qu'au Palais, la renommée est fugitive et que le bruit des triomphes oratoires s'éteint souvent avec les bruits de la voix et les heures de l'audience. Avant de mourir, il rassembla quelques-unes de ses plaidoiries et de ses harangues, et les publia, en les dédiant au chancelier Séguier.
Il commence ainsi son premier plaidoyer : € Il faut « avouer, messieurs, que l'art de parler en public a de € très fâcheuses rencontres ; c'est une carrière autant « pénible que glorieuse ; c'est un vaste océan plein d'é- € cueils où l'honneur de l'avocat embarqué sur la parole, « comme sur un frôle vaisseau, fait souvent naufrage.
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€ avec la cause qu*il soutient... La plainte de Tautre « partie est un monstre qui pleure pour dévorer ; c'est « un de ces feux volages qui n'éclairent que pour mener « au précipice, et comme la piperie la plus subtile est la « plus dangereuse, et comme le chant le plus doux des
< syrènes avait le plus d* appas et de force à tirer les plus « experts pilotes dans des abîmes, de même aussi, les dis-
< cours de l'éloquence, cette reine des ùmes, sont d'ordi- € naire les plus à craindre, comme ceux qui jetant de la « poussière aux yeux delà raison font précipiter le juge-
< ment dans des gouffres d'erreur, d'injustice et d'absur-
< dite. »
On le voit, on se croirait encore à une audience du seizième siècle, surtout lorsque Jean Boné prononça son plaidoyer pour une mère qui voyant son fils pendu en effigie, brûla le gibet dressé devant sa maison. Là se retrouvent l'emphase sans mesure et les digressions historiques sans fin. Dans un procès des boulangers de Castres réclamant l'augmentation du prix du pain, Jean Boné disait : « La décadence et le changement sont
< le destin de toutes choses créées. Le ciel ,la terre sont « sujets à cette loi. C'est ce qui fait dire au divin Platon « que les corps n'ont jamais d'existence ; et sur cette « même fantaisie, Homère a fait l'Océan père des Dieux € et Thétis leur mère, pour nous montrer que toutes « choses ont un principe fluide et mouvant. Les corps « les plus solides sont sujets à la diminution et, comme « si la faux du temps était d'un acier féj et charmé, « elle brise et détruit les marbres, les pyramides, les « promontoires, les montagnes, avec la mjmc facilité « qu'elle fauche les herbes et les fleurs. »
Des monuments terrestres, il passait aux étoiles dont les astrologues constataient les altérations, de cent ans en cent ans; des astres il retombait sur la terre et citait Virgile et les psaumes. Et reprenant sa théorie, il s'éci iait: « Pourquoi devons-nous croire que le blé ait plus € de privilèges que le reste des créatures? Ces minces et € déliées tuniques qui enveloppent cette petite semence, « comme des langes, sont-elles à Tépreuve des traits du € ciel. Ces grêles tuyaux et les pointues arêtes dont «les épis sont armés, comme autant de larîces, sont- « ils assez puissants pour repousser les injures de « l'air?»
Le plus ingénieux et le plus curieux plaidoyer de Jean Boné est celui qu'il prononça, en présence du marquis d'Ambres, lieutenant général du roi, dans le Haut -Languedoc, sur un larcin de fleurs. Il débutait ainsi : « Je n'eusse jamais pensé que le sujet « de cette cause, si riche et si fertile en apparence, « eût été si stérile en effet et si difficile à traiter ; j'a- « vais cru d'avoir à manier des fleurs et je ne trouve « que des épines qui me piquent de tous côtés. » Et il décrit, à longues phrases, le beau jardin de son client, Vital d'Albaricy, conseiller et secrétaire du roi, jardin enchanté où s'épanouissaient les plus belles fleurs de France et du monde. On croirait assister au défilé des guerriers de l'IUiade, différents d'armes et de chars : « Bref, ce ne fut plus un parterre de fleurs, mais un ciel
< étoile; ce ne fut plus un jardin, mais un paradis, où
< certaines fleurs, encore dans le maillot du bouton, fai- « saient effort de le crever pour rendre le premier hom- ♦ mage à ce bel astre qui les fait naître, tandis que les
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< autres épanouies en clochettes d'argent, en calices d'or € émaillé, en houpes et petits flocons de soie de diverses
< couleurs, parsemés de filaments d'or et d'argent, et en « cent autres figures, embaumaient Tair de leur suave « odeur et donnaient en sacrifice de l'ambre pour de
< l'encens à cet auteur de leur être. »
Une nuit, deux voisins escaladèrent les murs du jardin, mirent les tulipes au pillage et emportèrent une moisson d'autres Qeurs rares. «Etrange sorte de pré-
< vention, disait Jean Boné ; si je dis que le prévenu
< est un larron de fleurs, c'est le traiter trop doucement:
< les abeilles, portent ce titre, qui font de continuels lar-
< cins sur les campagnes fleuries et si ne gâtent rien ; « elles picorent un butin invisible dont elles enrichissent « leurs ruches, sans appauvrir les fleurs. Ce prévenu <c n'est pas si discret en ses larcins ; il n'est pas seuie. « ment le larron, mais le destructeur des fleurs... il les
< déchire et les outrage en cent façons ; et pire que la « grêle et que la tempête, il en arrache jusqu'aux raci- « nés. » Il parlait ensuite du paradis terrestre, premier jardin de l'homme, des jardins de la Grèce, berceaux des académies et des lycées, où les philosophes et les héros allaient chercher de frais ombrages. Il n'oubliait pas les parterres sacrés de Sémiramis et les jardins suspendus de Babylone € où les passants étaient invités à -« entrer, avec cent yeux et sans mains. »
« Malheureux le prévenu! dit Jean Boné. Si les té- « nèbres de la nuit et celle de la passion ne l'eussent « aveuglé, il aurait lu, sur les feuilles, un conseil de re- « traite ou l'arrêt de sa condamnation. Ces belles tulipes A blanches parsemées demille filets ensanglanté-, comme
€ d*autant de ruisseaux de sang qu'on appelle fouettées € à cçiuse de ces filaments rouges, lui eussent prononcé « que la peine du larcin est celle du fouet. Ces autres « tulipes à couleur de flamme, en forme de fleurs de lys, € lui auraient remis, dans sa mémoire, la rouge fleur « de lys qu'on applique sur l'épaule des larrons. » Et se tournant alors vers les tribunes garnies de dames, il les comparait aux fleurs du jardin d'Albaricy, et adressait au marquis d'Ambres le plus flatteur compliment sur les lauriers dont il s'était couvert. Puis, s'adressant au président de Fieubet, il lui rappelait qu'il était un des mainteneurs des Jeux Floraux et que, moins qu un autre, il ne pouvait souffrir qu'on mît au pillage des corbeilles de fleurs.
Il poursuivait ainsi, dans la langue des précieuses, cette plaidoirie qui se couronnait par cette conclusion :
€ Prométhée autrefois, pour avoir dérobé une bluette « de feu, ou pour mieux dire, une fleur du ciel, fut dévoué € au supplice éternel dans les enfers. Quelle peine ne mé- € rite donc, quel supplice et quel tourment, ce prévenu, « pour avoir dérobé, non seulement une fleur, vraie étin- « celle des jardins, mais dérobé à centaines, dépeuplé et « dérobé tout un parterre, privé les autels de leur orne- « ment, le printemps de ses honneurs et le sieur d'Alba- « ricy de ses divertissements. »
L'annotateur de Jean Boné ajoute tristement : « Cette « cause, au long plaidée par les avocats des parties et € par messieurs les gens du roi qui y prirent leurs con- « clusions et traitèrent cette matière délicate et nouvelle « au barreau avec tous les ornements imaginables, ne se « termina que par une condamnation à l'amende. » On