CHAP. II. — MORT DU PRÉSIDENT DE LESTANG
une atteinte à un privilège dont ils se montraient toujours si jaloux. L'assemblée accueillit leur protestation et supplia le roi de maintenir aux Cours souveraines, qui tenaient leur autorité de la Couronne elle-même» leur ancien droit de juger les magistrats et de renvoyer aux procureurs généraux toutes les dénonciations adressées contre eux à la Couronne.
En quittant rassemblée des notables de Rouen, le premier président Le Masuyer partit pour Paris où il séjourna longtemps, afin de se concerter avec les ministres sur la résistance à opposer aux protestants qui reprenaient les armes à Montauban et dans les places calvinistes du Haut-Languedoc. Il annonça aux capitouls renvoi de mille mousquets, fabriqués par son ordre à Rouen et destinés à l'arsenal de Toulouse. En reprenant son siège, le premier président ne retrouva plus, à côté de lui, le président à mortier Antoine de Lestang, conseiller d'État, seigneur de la Marque, ancien lieutenant général au présidial de Brives et père de Tévéque de Carca-sonne, Christophe de Lestang, commandeur de l'ordre du saint-Esprit. La mort venait de le frapper. Son enfance et sa première jeunesse s'étaient écoulées dans la maison de Guise, avec le duc de Mayenne ; ses souvenir, de la vingtième année et son attachement aux Guise le jetèrent dans la ligue. Un moment, Mayenne lui confia la charge d'intendant de justice de son armée, et c'est lui que le Bas- Limousin députa aux fameux Etats de Blois, aussi funestes au duc de Guise qu'à Henri III. On sait que Henri IV, qui voulait tout pacifier et tout gagner à sa cause, le nomma président à mortier.
48 HISTOIRE DU PARLEBiENT DB TOULOUSE
Il mourut plein de jours, le g décembre 161 7, à Cas*
très où il présidait la chambre de TEdit, sans enfants, après avoir consacré une grande partie de sa fortune à la fondation d'un collège des frères de la doctrine chrétienne et d*un couvent d*ursulines à Brives. On a de lui un Traité de la réalilé du Sainl-Sacrement de t autel, un Traité de Vorihographe^ une Histoire des Gaules, et des conquêtes en Italie, en Grèce et en Asie jusqu'au règne du roi Jean, et un Recueils d'arrêts prononcés en robe rouge, recueil où abonde l'érudition confuse des parlementaires et des avocats du siècle qui venait de finir. Un lieutenant général en la sénéchaussée du Bas-Limousin, Pierre de Fenis a célébré, en vers latins et en vers français, le savoir et les vertus du président de Lestang, qu'il appelle, € Fange du
< Sénat, rare merveille de son âge, orateur faisant pâlir € la renommée de la Grèce et dont la couronne de che«
< veux blancs est plus belle que le soleil qui luit dans € les cieux. > Pierre de Fenis, entraîné par l'imagination^ va jusqu'à dire que les plus grands poètes ne cesseront de chanter cette gloire jusqu'à la fin des siècles.
On sourit de cette enflure de louanges. Les poètes n'ont guère songé au président de Lestang, et ce qui garde, le mieux, sa mémoire est le marbre de son tombeau. Ce tombeau est sur une des portes latérales du chœur de l'église Saint-Etienne, en marbre blanc et rouge : le vieux président est agenouillé, les mains jointes devant une image de la Vierge, enveloppé de sa robe aux plis lourds, le mortier à ses pieds, les yeux largement ouverts, le visage rude, la moustache un peu relevée et la royale en pointe comme celle de Richelieu, C'est là, selon le mot de son épitaphe, que ce noble
CHAP. II. — OPPOSITION DU PARLEMENT ^y
esprit, égal en vertus et en savoir, attend la résurrection.
A peine revenu de l'Assemblée des notables de Rouen, le premier président Le Masuyer eut à prononcer, au milieu d'une vive opposition, l'enregistrement d'un édit imaginé pour rétablir les finances épuisées. Les ministres s' étant avisés de revendre les greffes de la province, ressource de 400,000 livres pour les besoins du royaume, les Etats du Languedoc n'y consentirent qu'à certaines conditions qui déplurent au roi. Le grand Conseil cassa la décision des Etats, par un arrêt adressé au Parlement, avec des lettres de jussion pour enregistrer l'édit ordonnant la revente et l'aliénation des greffes, à faculté de rachat.
Ce fut au Parlement une confusion et un tumulte v durèrent plusieurs audiences. Le syndic de la prov • j s'opposait à l'enregistrement de Tédit et les deux av : s généraux, en Tabsence du procureur général, fire: - 0 réquisitions dans un sens opposé. L'avocat général, Marc de Calvière, soutenait les protestations du syndic, et l'autre avocat général, Jean-Baptiste de Ciron, craignant que les parlementaires ne fussent entraînés par Calvière, récusa tout le Parlement, à l'exception de quatre conseillers. Jamais avocat général ne fulmina des réquisitions plus passionnées.
Les avis se partagèrent : les uns opinaient à contraindre l'avocat général de Ciron à borner ses récusations au tiers de la Compagnie, suivant les ordonnances ; les autres voulaient renvoyer l'affaire au roi: d'autres enfin, demandaient que la récusation inusitée et injurieuse de l'avocat général fut rejetée. De ce conflit
bruyant d'opinions sortit un arrêt qui décida, par trentequatre voix contre trente, les présidents à mortier ayant fait pencher la balance, que sans avoir égard à la requôte en récusation et à la requête du syndic du Languedoc, il serait procédé à la vérification de Tédit. L*édit fut publié le ig mai 1618.
On n'entendit plus à Toulouse que le bruit des fêtes de l'entrée de la jeune duchesse de Montmorency qui parcourait la province, escortée de la noblesse et marchant par les villes et les campagnes, sur des routes semées de fleurs par les bourgeois et le peuple. A Toulouse, les capitoulsy fidèles aux traditions des entrées des princesses, ne se laissaient pas enivrer par la joie de la ville et par l'éclat du nom de Montmorency. Ils se refusaient à envoyer au-devant de la duchesse, en disant, avec une fine malice, que ces parades militaires seraient une nouveauté, et qu'il suffisait à une femme d'avoir des bals, des danses et des carrousels. Il fallut tenir un conseil général de ville pour régler les fêtes de cette entrée : le conseiller sous-doyen, Pierre de Barthélémy, seigneur de Gramond, père du président de Gramond, s'y rendit en qualité de commissaire du Parlement, et détermina les capitouls à rendre à la duchesse les honneurs qui lui étaient dus.