‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 132 sur 182 · CH. XXIII. — ÉLOQUENCE JUDICIAIRE AU X VIII* SIECLE · texte numérisé non relu

CH. XXIII. — ÉLOQUENCE JUDICIAIRE AU X VIII* SIECLE

viée au barreau de Toulouse que vont abandonner Castillon qui travaille à l'Encyclopédie, Rouzet membre de l'Assemblée nationale et Demeunier réservé aux honneurs du Tribunat et du Sénat.

La renommée de Sudre franchit les limites de la province avec ses mémoires sur TafiFaire Calas, dont Voltaire célébrait la dialectique sans emphase, et le style franc et pur. En écoutant Chalier et Gaubert-Lavaysse, on reste dans les phrases pompeuses et froides, et on entre dans le style larmoyant de la fin du dix-huitième siècle. Sennovert eut, dans ses plaidoiries, des jaillissements de comparaisons et d*images qui tranchaient sur la froide parole de Mascard s' avançant comme un théorème. Avec Gary, huit fois capitoul, chef du consistoire et premier de justice, on est en face d'un avocat nerveux, d'une simplicité rapide et d'une croissante énergie dans le discours. A son intelligence si souple, à la fois, et si ferme venaient s'assortir des qualités naturelles qui lui permettaient de toucher, hardiment, aux questions les plus ardues et les plus irritantes. Il fut de ceux qui se dégagèrent promptement des formes vieillies et donnérent à la parole un vol plus libre. Il eut la séduction et la raison et toutes les qualités des natures heureuses. Dans son portrait, au front élevé et aux lèvres fines nulle trace de fatigue ne se laisse voir : c'était un de ces hommes de contenance modeste, dont nous disons aujourd'hui, que le barreau ou la tribune les transfigure. L'éloquence de Teste, dont le fils devait avoir une existence si éclatante et si douloureuse, était chaude, pleine de la substance des choses et soutenue d'une sincère conviction. Nul ne savait mieux indiquer, d'un mot

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précis, la raison de décider, noyée dans le tourbillon de la discussion ; le mauvais goût se glissait quelquefois dans ses plaidoiries, mais il le rachetait par Taccent de rémotion. A la barre où il dominait les autres avocats de* toute la tête, il charmait et entraînait, agrandissant le débat et y jetant la lumière et des vivacités originales et décisives.

Duroux était né avocat; il eut le don de l'improvisation hardie et résolue. Quand un procès échauffait son Ame, il se répandait en inspirations soudaines, surtout quand les procès lésaient les intérêts du peuple. La logique de Bragouse, à la voix perçante, était redoutée, et Jeannole, ennemi des excès et des audaces, eut à son usage Tart des nuances ingénieuses et de la bonhomie gauloise et souriante : on eût dit qu'il parlait toujours en chapeau de fleurs et en jaquette grise. Il marchait Il la tète du jeune barreau et aimait à raffiner sur les idées et les effets du style, et à subtiliser, avec une sorte de naïveté, sur les textes anciens. La naïveté venait de la pureté de Tâme, et la subtilité de la finesse de l'esprit. Des deux Monyer, Tun reçut le surnom de grand et l'autre, d'érudit : l'érudit lisait avec un art que personne ne surpassait ; il prit pour devise ce mot de Sénèque: Non inteniionem pocis contempseris. Le grand recherchait les harmonies du langage, les gestes nobles et les poses solennelles. Il répétait souvent, après Platon, que l'éloquence n'était que la raison passionnée. Viguier avait, dans le timbre de la voix, une verdeur toute militaire ; Faure fut un esprit léger et périlleux en paroles, et Fabre un entêté de droit canon qu'il invoquait dans tous ses plaidoyers.

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Le titre d'honneur de Lacroix est d'avoir écrit des

mémoires pour Sirven, et de s'être mis en correspondance

avec Elie de Beaumont et Voltaire. A ses débuts, on compara Faget aux plus grands avocats du royaume, mais il toucha vite au déclin. A côté de lui, plaidaient Mailhe promis à la Cour de cassation, Espinasse, Desazars, l'avocat des causes solennelles, RufFat, Albert, Roucoule surnommé l'herciilâ du barreau, de Bastoulh et Malpel dont les plaidoiries enflammées reflétaient quelques qualités du style de Rousseau. Le ton brusque, la saillie amère, la phrase bizarrement coupée, affectée et parfois déclamatoire, se rencontrent dans le langage de Raynal dont l'intrépidité allait surprendre les juges du tribunal révolutionnaire. Dans ces passes d'armes entre avocats, il sonnait la charge par la parole.

Un des plus célèbres fut Laviguerie, d'une forte race d'avocats, né à Toulouse le 21 juillet 1787, et dont le nom devenu l'image même de la vertu et du savoir, se trouve inscrit au tableau de l'ordre, dès l'année 1768. Au moment où il entrait au barreau, à vingt ans, on lui proposa une charge de conseiller au Parlement : il refusa, aimant mieux rester avocat, mais avocat consultant. Il n'osa jamais affronter les disputes de la barre : le bruit de ses consultations n'en fut pas moins retentissant. Après bien des tentatives qui échouèrent, il devait bientôt accepter, à Toulouse, une place de conseiller au Parlement Maupeou. Malgré les instances du roi, du garde des sceaux et de l'ancien Parlement, il ne voulut jamais remonter sur ce siège, qui lui fut enlevé au retour des parlementaires ; il reprit alors sa vie paisible d'avocat consultant.

Aux premières journées de la Révolution, on le retrouvera refusant la députation aux Etats généraux, s'efforçant de retenir le Parlement sur la pente des résistances inutiles et dangereuses, déclinant plus tard la présidence du tribunal du district que pritBragouse, et enfin la charge de procureur général syndic du département qui échut à Mailhe. Suspect sous la Terreur, il amassa, dans sa retraite, des trésors d*érudition et de science qui eurent leur épanouissement sous le Consultât. Le jour de l'installation de la nouvelle Cour, on vit tous les jeunes avocats en robe, s'acheminer vers la maison de Laviguerie et raccompagner au Palais, en reconnaissance de réclat qu'il répandait sur leur ordre .'refusa le titre de bâtonnier, sous l'empire du décret de 1810 qui blessait la dignité et l'indépendance du barreau; il ne l'accepta que lorsqu'il lui eut été déféré par le libre suffrage de ses confrères. A l'âge de quatre-ving-treize ans, gardant jusqu'à la fin de sa vie, sa raison lumineuse et sa bonté d'âme, ce doux vieillard, surnommé le Nestor des avocats de Toulouse, voulut signer une dernière consultation en disant : « Je veux mourir au € champ d'honneur et sur la brèche. » Il mourut quelques jours après, aux derniers mois de l'année 1829, en laissant longtemps les avocats en deuil.

A ce barreau de Toulouse, on pouvait donner le nom de légion. A la barre se pressaient Blaviel et Delhe, Pages et Candolive, Julien, Lhéritier et Romiguières père, Astre et Antoni, Villefranche et Sabatier-Quarante, Dubemard, Barcouda, Bonnet, Sarremejeanne et Destingoy. On citait Veyrieu pour sa parole élégante et harmonieuse, Loubers, Dirat et Flottes pour les notes

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