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CH. XXIII. — ÉLOQUENCE JUDICIAIRE AU XVIII® SIÈCLE

aiguës de leurs discussions, Bordes, Roques et Dtoujean, Cayrat, Doyau et Gez pour leur science des affaires. Barère ne fut qu'un rhéteur, enclin aux curiosités de l'esprit, mais d'une parole froide et prétentieuse et toujours mise en déroute par les avocats nourris, mieux que lui, à la science du droit et rompus aux combats judiciaires. De plus orageuses destinées l'attendaient à la Convention. Il se disait que si fortune lui manquait, ce n'est pas lui qui manquerait à la fortune. Au barreau môme, il semblait de bonne foi, en traversant toutes les opinions et en s'apercevant à peine de sa mobilité.

Dans ces souvenirs de l'éloquence judiciaire au dixhuitième siècle, ce serait une ingratitude de laisser dans l'orpbre les parlementaires dont les harangues eurent souvent autant de chaleur et de flamme que les plaidoiries des avocats. Quand on parle d'éloquence au Parlement, il faut toujours citer les Rességuier, surtout le président Jean de Rességuier, troisième du nom, le fils du savant arrôtiste, aussi profond que son père et plus brillant que lui. Au grand Conseil où le Parlement l'envoya comme député, il les égala tous, par la sagesse de son esprit, et il en surpassa beaucoup par l'éclat de sa parole et la hauteur de ses pensées.

Un des parlementaires qui savait le mieux se jouer dans les débats des assemblées publiques était le conseiller Jougla de Paraza, ami de Malesherbes et qui mit en ordre les œuvres de d'Aguesseau. C'est à lui, qu'au Parlement, on confiait les missions les plus graves et les plus délicates, auprès des ministres et du roi. Moins orateur que lui, le conseiller Saint-Laurens, ami de Fontenelle et de Lamothe^ connaissait mieux la science du

droit, et étonnait les parlementaires par sa philosophie profonde et la largesse de ses vues. Mais il était rude aux accusés, et il tenait pour maxime avec un autre conseiller, Geraud de Bousquet, que Tindulgence de la Toumelle était cruauté envers la société. On citait au contraire le conseiller de Palarin, pour son ironie douce et fine, la bonté de son âme et ses harangues moins vigoureuses que souples et insinuantes. On opposait son éloquence à celle de Tavocat général de Parazols, plus ferme et plus emportée.

A cette période du dix-huitième siècle, on agitait souvent au Parlement, les grandes questions de droit public sur la vérification des lois et rétablissement des impôts. Cest vers ces discussions que se sentait attiré le conseiller Joseph Raffin,dont les idées claires et la parole élégante séduisaient les parlementaires, à un âge où il n'avait pas encore voix délibérative. Aux heures de crise, il était le premier sur la brèche, dans le procès des jésuites, dans TafFaire du duc de Fitz-James, et au moment du coup d'Etal du chancelier Maupeou. Il devenait rame des discussions et des délibérations. C'est de sa main que sera écrite la magnifique protestation du Parlement, au moment de son abolition. Du conseiller Raffin,on disait à l'Académie des Jeux Floraux, qu'il aurait pu prendre pour emblème l'oranger de Saint-François de Sales, toujours couvert de fruits et de fleurs, flores f fructus que perenncs. On aurait pu le dire, avec plus de raison, du président d'Aignan, marquis d'Orbes?an qui fut aussi, on le verra bientôt, un des plus lettrés mainteneurs de l'Académie de Clémence-Isaure. 11 n'a pas dédaigné la renommée, comme beaucoup d'autres, et en

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