CH. XXV. — LES PARLEMENTS ET LA ROYAUTÉ
eux afin de se constituer en classes d*un corps indivisible, et en cas de violence ou de coup d*État, ils menacent la Couronne d'une démission générale. Cette ligue parlementaire était née des méditations de Texil du Parlement de Paris et des enseignements de la persécution.
Cet état de choses inquiétait Louis XV . Il est curieux de regarder de loin ce tableau d'intérieur, que madame du Hausset nous a laissé dans ses Mémoires: « Un jour ,. « dit-elle, le maître entra tout échauffé. — Qu'avez- « vous ? lui demanda Mme de Pompadour. — Ces grande des robes et le clergé, répondit-il, sont toujours aux « couteaux tirés ; ils me désolent par leurs querelles ;
< mais je déteste bien plus les grandes robes. Mon « clergé, au fond, m*est attaché et fidèle ; les autres vou-
< draient me mettre en tutelle. — La fermeté, lui dit ma- « dame, peut seule les réduire. — Robert de Saint- Vin- « cent, reprit le roi, est un boute-feu que je voudrais « pouvoir exiler ; mais ce sera un train terrible. D'un
< autre côté, l'archevêque est une tête de fer. Le régent « a eu bien tort de leur rendre le droit de faire des remon- € trances. Ils finiront par perdre l'Etat. Vous ne savez € pas ce qu'ils font et ce qu'ils pensent ; c'est une as-
< semblée de républicains. Les choses, comme elles sont, « dureront autant que moi... » Confession naïve de faiblesse et d'imprévoyance! Louis XV, pour toute espérance, se fiait à la fortune de son successeur.
Les provinces suivaient l'impulsion de Paris et la surface légère de la France pliait à tous les vents de la capitale. La robe affectait un grand dédain pour tout ce qui n'était pas la royauté en personne. Le roi mande par-
5gO HISTOIRE DU PARLEMENT DE TOULOUSE
fois les Parlements à Versailles et les exile, mais ils ne tardent pas à remonter sur leurs sièges^ au milieu des acclamations populaires. C'est sous ce régime de conflits et de désordres que s'écoulait le dix-huitième siècle.
Les lettres elles-mêmes faisaient invasion dans la politique. Le président de Montesquieu, après avoir, dans ses Lettres persanes^ effleuré, en riant, les mœurs et les abus de son temps, écrit comme une sorte de prophétie pour la France, la grandeur et la décadence de Tempire romain. Son âme puisait des enseignements dans les premiers déchirements de sa patrie. La sombre et tumultueuse armée de l'Encyclopédie arrive avec ses doctrines qui vont remuer la société de Louis XIV, et Jean- Jacques, du fond de son ermitage, fait entendre sa parole triste et fatale, pleine d'éloquence et de sentiment. La vieille foi chrétienne est refroidie, et la voix de Bossuet s'est éteinte sur la tombe du grand Condé, après avoir annoncé la révolution des monarchies et les terribles leçons que Dieu donne aux rois. C'est maintenant Voltaire qui remplit le monde de ses éclats de rire ; son drapeau est un drapeau de destruction, sous lequel il enrôle partout des soldats. Sur cette mer flottante du dix-huitième siècle, la philosophie surnage avec ses théories, qui amènent un renversement de croyances et accomplissent une révolution au fond des âmes.
Le barreau fait alliance avec les lettres et s'inspire de leurs pensées hardies et novatrices. Dans la chaleur de ce mouvement de vie intellectuelle, la société tout entière est ébranlée. Une ardeur secrète travaille tous les esprits; l'indépendance, qui n'existe pas dans la Constitution, se trouve déjà dans l'opinion et dans les mœurs ;