‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 139 sur 182 · CHAP. XXV. — LIT DE JUSTICE 5QJ · texte numérisé non relu

CHAP. XXV. — LIT DE JUSTICE 5QJ

sans : c Demain, j'ouvrirai la tranchée devant le Parle- € ment. » Ce fut en effet une vraie journée de siège, et la dauphine, Marie-Antoinette, qui assistait dans une tribune au lit de justice, disait qu'elle n'avait rien vu d'aussi merveilleux que cette séance royale où étaient confondus les princes du sang et les pairs de France, les robes noires de l'Eglise et du Conseil d'Etat, et les robes rouges du Parlement.

A midi, le roi entra dans le grand salon de Versailles, et lorsqu'il fut assis et couvert, le chancelier, s'étant agenouillé devant lui, se releva et parla ainsi : c Mes- « sieurs. Sa Majesté devait croire que vous rece- « vrîez avec respect et soumission une loi qui contient « les véritables principes, des principes avoués et défen- « dus par nos pères et consacrés dans les monuments « de notre histoire.... Remontez à l'institution des Par- « lements, suivez-les dans leurs progrès, vous verrez « qu'ils ne tiennent que des rois leur existence et leur « pouvoir, mais que la plénitude de ce pouvoir réside « toujours dans la main qui l'a communiqué. Ils ne sont « ni une émanation, ni une partie les uns des autres ; « l'autorité, qui les créa, circonscrivit leurs ressorts, « leur assigna des limites, fixa la matière, ainsi que « l'étendue de leur juridiction. Chargés de l'application € des lois, il ne nous a point été donné d'en étendre ou « d'en restreintre les dispositions.... Si vos droits s'éten- « daient plus loin, si votre résistance n'avait pas un « terme, vous ne seriez plus les officiers de la Couronne c mais ses maîtres ; sa volonté serait assujettie à la € vôtre, la majesté du trône ne résiderait plus que dans € vos assemblées ; et, dépouillé de ses droits les plus

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« essentiels, dépendant dans rétablissement des lois, c dépendant dans leur exécution, le roi ne conserverait c que le nom et l'ombre vaine de la souveraineté... Sou- « tenez la dignité de votre ministère ; que vos actions « rhonorent s*il est possible ; que les peuples, pénétrés « de réquité de vos jugements^ bénissent la main qui € vous imprima le caractère de magistrats. Toujours c soumis, toujours respectueux, conciliez le zèle avec c Tobéissance, et éclairez Tautorité sans jamais la com< ^ battre. »

Et aussitôt redit de discipline du mois de novembre fut promulgué. Certes, le chancelier avait pour lui les armes de la raison et de la logique. La France assistait à ce spectacle étrange d'une royauté absolue, poursuivie sans relâche par une compagnie qui ne tenait son existence que de la royauté même, et d'une lutte où l'argumentation j udiciaire transportait des principes politiques, nés de la fougue du moment, en déchirant sans|pitié tous les voiles de la foi monarchique. Ce n'est plus une escarmouche du roi deshalles, ou le tumulte frivole de l'arrestation de Broussel; ce n'est plus le temps des querelles jansénistes, et ce n'est pas Port-Royal qui tombe ; c'est déjà le souffle qui renversera la Bastille et qui élèvera sur ses ruines la tribune de la Révolution. Le Parlement déclare que € ses membres, dans leur douleur profonde, € n'avaient point, après un pareil édit, l'esprit assez « libre pour décider des biens, de la vie et des sujets de € Sa Majesté, » et décide qu'il suspendra ses fonctions.

Tout le royaume était dans l'attente : les grands et le clergé blâmaient hautement la magistrature ; le peuple

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