‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 141 sur 182 · CHAP. XXV. — RESSENTIMENTS ET PAMPHLETS · texte numérisé non relu

CHAP. XXV. — RESSENTIMENTS ET PAMPHLETS

ter et ne recevaient, qu*avec dédain, les nouveaux règlements sur la procédure et la diminution des frais de justice.

A Toulouse, chez les parlementaires les plus ardents, on s excitait à la lutte, en lisant les brochures nées des disputes de ce temps et jetant hardiment à la face du roi des menaces extraites des livres profanes et sacrés. On y lisait YExtrait du droit public de la France, du comte de Lauraguais, qui posait le principe de la souveraineté du peuple et n'était qu'une suite du Contrat social. Le Ga:[C' lier cuirassé, attribué aussi au comte deLauragif^is, arriva de Londres, avec le Mandement des œufs rouges, plein de finesse et de raillerie française, et du levain janséniste retrouvé par un partisan du Port-Royal . Les femmes recherchaient et lisaient, le soir, aux parlementaires des passages des orateurs de la chaire. Ce mot de Fénelon était applaudi par elles : < Le roi peut tout sur les peu- € pies, mais les lois peuvent tout sur lui. > Bossuet n'était pas oublié : € C'est principalement des lois fon- € damentales qu'il est écrit, qu'en les violant, on ébranlj < tous les fondements de la terre. Le crime que Dieu € punit avec tant de rigueur dans Achab et Jezabei, € c'est la volonté dépravée de disposer à leur gré, indé- « pendamment de la loi de Dieu, du bien, de l'honneur, c de la vie d'un sujet. »

On lisait aussi ces fières paroles de Massillon, prononcées devant le roi, au carême de 1718 : « La liberté « que les princes doivent à leur peuple, c'est la liberté € des lois. Vous êtes le maître de la vie et de la'^fortune € de vos sujets, mais vous ne pouvez en disposer que € selon les lois. Vous ne connaissez que Dieu au-dessus

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« de VOUS, cela est vrai, mais les lois doivent avoir plus « d'autorité que vous-même. Vous ne commandez pas « à des esclaves, vous commandez à une nation libre et « belliqueuse, aussi jalouse de sa liberté que de sa fidéc lité, et dont la soumission est d* autant plus sûre, qu'elle

« est fondée sur l'amour qu'elle a pour ses maîtres

« Ce n'est pas le souverain, c'est la loi qui doit régner

< sur les peuples. >

L'orage grossissait : aux derniers jours du mois d'août 1771, le roi retire au prince de Beauveau, trop hésitant et trop faible et reculant devant la suppression du Parlement de Toulouse, le commandement du Lan guedoc, et le donne au comte de Talleyrand-Périgord, qui arrive à Toulouse, en même temps que l'intendant, le comte de Saint-Priest, dans la soirée du 3o août. Déjà, le même jour, à six heures et demie du matin, le Parlement, au nombre de cent seize membres, s'était réuni pour protester d'avance, à l'exemple des Parlements de Douai et de Besançon, contre la suppression dont le chancelier le menaçait. Seul, le doyen Dominique de Bastard, âgé de quatre-vingt-huit ans, opina contre la protestation et réclama, avec un éclat de rire, Tajournement de la discussion. On ne l'écouta pas. Au rapport de certains mémoires, six conseillers, qui appu^^èrent un moment sa motion, ne tardèrent pas à l'abandonner et à signer la protestation, basée sur les considérations suivantes : « La propriété ébranlée dans ses fondements, « la multitude d'arrêts bursaux et d'arrêts du Conseil

< illégaux et violents, les droits et les privilèges les plus « sacrés, la destruction des Cours de justice établies de- € puis des siècles par les rois de France, l'inamovibi-

CHAP. XXV. — LE COMT£ DB PÉRIGORD GoQ

€ lité des magistrats foulée aux pieds, Topinion publique « méprisée, la calomnie protégée, l'amour de la patrie, « Thonneur des magistrats et rattachement aux lois du « royaume érigés en crimes d*£tat. » Cet arrêt de protestation, signé du premier président de Niquet, fut aussitôt imprimé et expédié dans le ressort.

Cette audience s'était prolongée jusqu'à sept heures du soir. Quelques instants après, le comte de Périgord plaça des sentinelles aux portes du Palais, avec ordre de ne laisser ni sortir, ni entrer. Dans la nuit du i®*" au 2 septembre, il dépécha chez tous les parlementaires des officiers du guet, porteurs de cette lettre : « Monsieur, je vous fais cette lettre, pour vous ordon- « ner de vous rendre, le 2 de ce mois de septembre, € au Palais, A huit heures du matin, pour y recevoir € mes ordres. Nous défendons, sous peine de désoc béissance, de prendre aucune délibération, ni de for- « mer aucun vœu, avant que mes "ordres vous soient € connus. Ecrite Compiègne, le 20 août 1771. Signé « Louis ; et plus bas, Phelippeaux. »

A huit heures du matin, le Parlement s'assemblait à la grand' chambre, où se trouvaient déjà le comte de Périgord et l'intendant Saint-Priest, sur des sièges audessus de la place du doyen. Ils saluèrent chaque parlementaire qui passait devant eux et, quand tous furent assis, le comte de Périgord leur présenta une lettre de créance, l'autorisant, ainsi que Saint-Priest, à siéger au-dessus du doyen, et enjoignant aux parlementaires d'ajouter foi à tout ce qui allait leur être dit, au nom du roi.

Le premier président, ayant répondu que le Parlement

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avait protesté, par avance, le 3o août, déclara renouveler sa protestation contre ce qui allait être fait. Il lui fut répliqué par Périgord, que la loi interdisait toute protestation et qu'il espérait n'être pas forcé d'user des ordres dont il était chargé. Puis, sur l'injonction de l'intendant, le greffier donna lecture des lettres patentes qui assignaient au gouverneur et à l'intendant leurs places au Parlement. Le procureur général ayant requis l'enregistrement de ces lettres, l'intendant ajouta : « Le roi ordonne € que, sur le pli des lettres, il soit écrit : Enregistré, de € l'exprès commandement du roi. » Saint-Priest avait le ton altier, mais la voix du comte de Périgord tremblait et on n'entendit que quelques mots du discours qu'il prononça. Saint-Priest reprit la parole, fit l'éloge du prince de Beauveau et de son successeur, requit l'enregistrement des lettres patentes nommant Talleyrand- Périgord commandant en chef de la province, et termina en disant : « Nous avons Tordre de ne pas laisser sub- « sister, sur vos registres, l'arrêté contre le duc d'Ai- € guillon, en vertu des lettres patentes et de l'arrêté du « Conseil, faisant défense d^apporter obstacle à ce que le « duc jouisse des droits de la pairie. » Prenant alors un ton attristé, il dit ; « Vous allez entendre les volontés € du roi. »

Et aussitôt, lecture fut donnée des deux édits de Conapiègne du 20 août 1771. Le premier, précédé de motifs pompeux, semblables à ceux de l'édit qui avait supprimé le Parlement de Paris, ne contenait que trois articles : suppression de tous les offices du Parlement ; obligation imposée aux parlementaires de remettre au contrôleur général les pièces nécessaires à la liquidation et

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