‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 142 sur 182 · CHAP. XXV. — RECONSTITUTION DU PARLEMENT 6 II · texte numérisé non relu

CHAP. XXV. — RECONSTITUTION DU PARLEMENT 6 II

au remboursement des offices, et réserves, par le roi, Ae pourvoir à Tadministration de la justice, en Languedoc.

Le second édit reconstituait le Parlement sur de nouvelles bases, avec une compétence restreinte et un ressort d'une moindre étendue. La vénalité des charges était abolie, et le roi déclarait ne les vouloir donner que gratuitement, au talent et au mérite. De cent quarante magistrats, le nombre était réduit à cinquante-deux, et à cinq officiers du ministère public, répartis en trois chambres, la grand' chambre, la Tournelle et la chambre des enquêtes. Plus de chambre des requêtes, ni de table de marbre pour les eaux et forêts, plus d*épices ni de vacations à toucher des mains des plaideurs. Les magistrats recevraient à l'avenir un traitement fixe : 20,000 livres pour le premier président, 6,000 pour les présidents à mortier, et le procureur général 4,000 ; 3,000 ou 2,000 pour les conseillers, selon leur chambre: 3,000 pour les avocats généraux et 1,000 pour ies substituts. A ce second édit se rattachaient enfin» jdes règlements sur les absences des magistrats, le mode de leur recrutement, les attributions de compétence au sénéchal de Toulouse des affaires portées autrefois à la chambre des requêtes, et la création à Nîmes d'un Conseil supérieur qui n'était, au fond, qu'un second Parlement destiné à juger les procès de ces contrées du Languedoc. 11 se composait d'un premier président, de deux présidents, de vingt conseillers, d'un procureur général et d'un avocat du roi. Ce nouveau ressort comprenait les sénéchaussées de Montpellier, de Nîmes et du Puy

Aucun bruit ne troubla le silence, durant cette lecture

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et renregistrement se fit de l'exprès commandement du roi. On ouvrit les portes, mais personne n'entra et la publication se fit, pour la forme, en lisant les premiers et les derniers mots des édits c le peuple, dit le Recueil des ré- « clamations et des r^mon/ranc^s, n'ayant pas le loisir d'aller € voir comment on soufflait un Parlement.» Puis, le comt^ de Périgord prononça ces paroles : € Le greffier va vous « communiquer les ordres da roi, auxquels je ne doute « pas que vous vous conformiez, avec la fidélité que vous « lui devez. > Et le greffier remit alors aux parlementaires des lettres de cachet leur enjoignant de se retirer dans leurs terres, jusqu'à nouvel ordre, de ne point se réunir et de ne recevoir personne. Ainsi tomba, sous ce coup d'Etat, ce second Parlement de France qui avait eu une existence de trois cent vingt-sept années.

Les parlementaires se levèrent et sortirent gravement et silencieusement, comme à la fin des audiences, salués par le commandant en chef et Tintendant. Aux portes du Palais la maréchaussée contenait la foule qui s'ouvrit respectueusement, devant les carrosses emportant les parlementaires vers l'exil. Mais l'exil ne leur fut pas aussi rude qu'aux membres du Parlement de Paris ; ils ne furent relégués que dans la campagne de Toulouse, à Gragnague, à Pibrac, à Noé, à Aiguesvi ves, à Grisolles, à Saint-Ybarsjà Tlsle-en-Jourdain et à Muret. A ceux qui n'avaient pas de terres voisines de la ville, on assigna pour résidence, leurs villes natales, Auch, Albi, Castelnaudary, Uzès, Rodez, la Réole, Béziers, Cahors et Montpellier. Le président de Pegueyroles retiré à Milhau à la suite d'une disgrâce, reparut à Toulouse à la nouvelle pu coup d'Etat, pour partager le sort de ses collègues.

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Ils ne partaient pas tous. Le lendemain, le nouveau Parlement, composé de trente-sept membres, se constitua, en ayant à sa tête, le premier président de Niquet, qui n'eut pas le courage d'embrasser le parti des exilés dont il avait encouragé souvent les résistances. Il faut donner la liste de ce Parlement-Maupeou:

Le premier président deNiquet, les conseillers présidents de Portes et de Bellac, le doyen Dominique de Bastard, de Gorans, des Innocents père, de Josse, de Carbon, de Miramont, de Hardy fils, de Lassus père, de Lacaze, de Blanc, de Raynal, de Cucsac, de Pères, de Lespinasse, de Montégut, de Baron, de Carbon fils, David, deMiegeville, deBelcasteI,de Rollsoid, de Firmy, de Rigaud, de Lacaze-Montfort, de Bastard fils, de Juin, les abbés de Barès, de Carrère, de Firmy et d'Aufrery. Le procureur général Lecomte était assisté de Tavocat général de Malbois et des substituts de Salsac et Manens.

Le jour où le nouveau Parlement s'assembla, un des conseillers oublié par les lettres de cachet, Le Normand d'Aysenne, s'étant rendu au Palais, sur une lettre de convocation, éprouva un si vif saisissement, qu'il tomba évanoui sur le banc des avocats. A la chambre dorée où on remporta pour lui donner des soins, il s'écriait : € Je veux

< m'en aller I que voulez- vous de moi ? je veux suivre le

< sort de mes collègues ! Pourquoi m'avez vous fait venir € ici?» Le conseiller de Bardy lui montrant le tableau représentant le Christ en croix, lui dit : « C'est aux pieds

< du divin maître, que j'ai pris la résolution de servir € dans le nouveau Parlement. — Et moi, répliqua Le Nor- € mand d' Aysenne, c'est à ces mêmes pieds, que j'ai pris

« une résolution toute opposée. Laissez-moi ! » Il fallut bien le laisser sortir ; deux heures après, il recevait sa lettre de cachet. Bardy ne tarda pas à donner sa démission et à se retirer dans sa maison des champs. Les autres restèrent au Parlement-Maupeou, avec cette égalité d*âme et cette sérénité d'esprit des hommes vieillis sur leurs sièges et ne pouvant s'en arracher. Combattant depuis dix ans pour Tautorité du roi, ils auraient cru, d'ailleurs, mentir à leurs sentiments de fidélité envers la Couronne, s'ils ne s'étaient serrés autour d'elle et n'avaient accepté de la servir dans leurs nouvelles charges.

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