CHAPITRE XXVI
Indignation publique. — Cour des déserteurs. — Correspondance de Sorhouet. — Colère des dames. — Espionnage. — Le président d'Aguin.— Conseil supérieur de Nîmes. — Réclamations du nouveau Parlement. — Réponse du chancelier. — Les procès au nouveau Parlement. — Liquidation des charges. — La Couronne hors du grciïe. — Deux nouveaux édits. — Les jésuites. — Un pamphlet. — Refus d'enregistrement des édits créant de nouveaux impôts. — Condamnation à mort du capitaine Villeraze-Castelnau . — Le sup' plément à la Gj^ctte, — Floraison de chansons, de vaudevilles et d*épigrammes. — Les manants. — Les emblèmes. — Observations d'un citoyen aux membres du tripot de Toulouse. — Maximes du droit public français. — Dédain du chancelier. — Voltaire. — Ses lettres au chancelier et à madame du Barry. — Édits bursaux. — Rappel à l'obéissance. — Restauration de l'académie des Jeux Floraux. — Nouveaux impôts. — Beaumarchais. — Son procès au Parlement de Paris. — Mort de Louis XV. — Émotion à Toulouse. — Les commandements du roi Henri IV. — Exil du chancelier Maupeou. — Le garde des sceaux Miromesnil. — Retour des Parlements. «- Jugement sur le coup d'État du chancelier Maupeou.
Partout, Tindignation publique se traduisait en cris de réprobation ou en cruelles railleries. De môme que le peuple de Paris huait le chancelier à la place Dauphine et sur la route de Chatou,les Toulousains sifflaient, chaque matin, aux portes du Palais, les magistrats du nouveau Parlement. Les huissiers refusaient de battre de leurs baguettes, les avocats de plaider et les procureurs de se montrer devant une Cour qu'ils appelaient la Cour des déserteurs. On n'y vit pas, comme à Paris, des ambitieux d'une scandaleuse ignorance, des avocats
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rayés du tableau et des magistrats chassés de leur compagnie. Ce n'est qu'après quatre ans, et presque à la veille du retour des exilés, qu'on put compléter leur nombre et, qu'à force d'instances, on décida Delort et Laviguerie à accepter une charge de conseiller. Souvent, quant on appelait une cause, des voix courroucées criaient au fond de la salle : € Renvoyée à la rentrée du € Parlement.» On n'en faisait pas moins dire au chancelier, dans la correspondance de Sorhouet : « On me rend « aussi, bon compte de Toulouse. C'est encore Bastard € et sa famille qui me rendent ce service. Sous peu de € temps, ils m'auront enrôlé, par toutes les voies licites, « d'excellents sujets. » C'est là ce qui fit soupçonner l'ancien président de Bastard, ayant déjà procédé en sa qualité de conseiller d'Etat, à la suppression des Parlements de Besançon, de Rennes, d'avoir travaillé aux pamphlets contre les anciens parlementaires de Toulouse.
Les dames sejetèrent, plus que jamais, dans la mêlée, hardies et intransigeantes, les unes humiliées de voir leurs maris au nouveau Parlement, les autres blessées de les voir oubliés à Toulouse, sollicitant des lettres de cachet, ou déclarant qu'elles aimeraient mieux les voir morts que déshonorés. L'espionnage se faisait autour d'elles et dans les maisons des anciens parlementaires. Le président d' Aguin, malade et dans son lit, ayant reçu du monde, le commandant de la province l'en blâma, mit des sentinelles dans la rue et à la porte de la chambre du président: interdiction fut faite au médecin et au curé d'y pénétrer. On alla jusqu'à exiler à Pézenas sa belle-mère, la présidente de Rességuier. On trouve aussi cette étrange anecdocte dans un mémoire de ce temps :