‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 150 sur 182 · CHAP. XXVI. — MORT DE LOUIS XV · texte numérisé non relu

CHAP. XXVI. — MORT DE LOUIS XV

Ces représailles ne décourageaient pas le chancelier qui bravait les pamphlets et les menaces, et cherchait à donner la force et la vie à ses Parlements attaqués dans tout le royaume. Plein de foi dans sa réforme et opiniâtre dans ses idées, il ne demandait que du temps, pour achever son œuvre ; la providence le lui refusa. Vers la fin d'avril, on apprit à Toulouse que le roi était malade à Versailles : pendant neuf jours, les capitouls se prosternèrent devant les reliques des martyrs exposées dans l'église Saint-Sernin. Le lo mai, Louis XV expira et le Parlement s'empressa de rendre des arrêts interdisant les danses, les jeux, les spectacles et les fêtes, à peine de 5oo livres d'amende, jusqu'au lendemain de la cérémonie des obsèques royales qui n'eurent lieu, en l'église Saint-Etienne, que le sept du mois de septembre, avec toute la pompe de ces funèbres cérémonies.

Le peuple ne tardeupasà chanter, dans les rues, les Commandements du roi Henri IV à son petit-fils, Louis XVI, et surtout ces quatre vers :

u Uaffreux Maupeou tu confondras, « Car il te trompe affreusement.

(« Les fripons échenilleras, tt En rappelant ton Parlement. »

De tous côtés s'élevaient des rumeurs qui faisaient présager le retour des anciens parlementaires, annoncé déjà par la satire des Revenants, Un vent de haine soufflait partout contre le chancelier. En appelant au ministère le vieux Maurepas, le roi laissait entrevoir sa secrète pensée de détruire l'œuvre du règne qui venait de

finir. Cette pensée encore incertaine et confuse se dévoile dans la lettre de cachet du 25 août 1774, qui exilait le chancelier. Son départ de Versailles ressemble axix grands exils de l'antiquité : le duc de la Vrillière lui ayant demandé les sceaux, au nom du roi, il répondit : « Je sais ce que vous venez m'annoncer, mais je suis et € je serai toujours chancelier de France et je reste assis « pour vous entendre. > Après l'avoir écouté, il reprit d'un ton calme : « J'avais fait gagner un grand procès € au roi ; il veut remettre en question ce qui est décidé. « Il en est le maître. » Il rendit les sceaux, mais, ne donna pas sa démission. Il s'éloigna de Paris, prit la route de Normandie et s'arrêta près des Andelys, dans son château de Thuit. En traversant Compiègne où était le roi, il fut insulté par les dames de la halle ; il en riait et parlait comme un sage des grandeurs et des chutes humaines. Pendant ce temps, les clercs de la Basoche le pendaient ou Técartelaient en effigie, en chantant des chansons de Collé.

Miromesnil prit les sceaux, mais le comte de Provence le tenait en échec par son mémoire contre le rétablissement des Parlements dont le retour lui paraissait plein de dangers pour l'État. Au comte de Provence se joignaient Turgot qui avait approuvé le coup d*Etat de Maupeou, Vergennes, les philosophes entraînés par Voltaire, l'archevêque de Paris, les jésuites, de grands seigneurs de la cour et les tantes du roi.

Une ligue contraire se formait et se fortifiait, chaque jour, avec la reine, le comte d'Artois, le duc d'Orléans, le prince de Conti, le duc de Choiseul,les jansénistes et de fougueux publicistes. Le roi céda et, le 22 octobre 1774

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