CHAP. XXVII. — RENTRÉE DES EXILÉS AU PALAIS
réorganisée par Louis XV, sortit dans les rues, triomphante et en habits de fête, pendant que les tambours battaient et que le canon tonnait sur les remparts. A sept heures, les commissaires du roi sortirent de Tarchevêché en carrosse, escortés par huit cavaliers de la maréchaussée et les compagnies franches des bourgeois, en costume rouge et bleu. Une heure après, le président de Puivert précédé par les Suisses, les cavaliers et les clercs de la Basoche, au nombre de plus de trois cents, s'achemina vers le Palais, suivi des exilés avec leurs équipages, et de quarante procureurs, au milieu de la haie des dames, des nobles, des bourgeois, du peuple et des régiments de Conti et de Bourbon poussant des acclamations sur leur passage.
Au grand déplaisir des dames, accourues au Palais, l'audience eut lieu à huis clos ; elles ne purent entendre ni les discours de M. de Périgord et de M. de Saint-Priest qui célébrèrent le retour du Parlement, ni les harangues du président de Puivert, de l'avocat général deParazols et du bâtonnier Désirât. Tous ces discours se ressemblent parleurs louanges pompeuses et monotones. Périgord et Saint-Priest qui avaient installé le Parlement' Maupeouet qui Tabolissaient, à la distance de quatre années, ne parurent pas à la gêne, en critiquant les réformes du chancelier, et en remerciant le roi d'avoir ramené l'ancien Parlement.
Par redit de rétablissement, trente sièges étaient supprimés par voie d'extinction, et les chambres des enquêtes réduites à deux. Cet édit et celui delà suppression du conseil supérieur de Nîmes, ainsi que Tédit de discipline du nouveau Parlement, lus et enregistrés, les com-
missaires du roi et les parlementaires sortirent du Palais, dans une marche triomphale. Le soir, il y eut, à larchevêché, un souper de quatre cents couverts, donné aux parlementaires, à la noblesse et aux dames, la foule circulant autour des tables et saluant les exilés. A la nuit, il y eut dans la ville, spectacles, danses^ illuminations et largesses aux pauvres : une bande conduite par Guillaume le Roux, roi des décrotteurs, brisait, à coups de pierres, les fenêtres des maisons non illuminées. Le journal du Parlement et le Jour^ nul des a/fiches ne tarissent pas de descriptions de ces fêtes. Sur tous les murs, on lisait ces inscriptions latines, entourées de guirlandes: Jusliiia et paxosculatcu sunL Cives civihus. Régi cl legibus. Vivat rex^ vivat lex. Fortibus viris. Intemeratœ virtuti.
Le lendemain, le Parlement s'assembla : Tarchevê ^ue de Toulouse et Tévêque de Mirepoix prirent séance, et firent décider qu'une adresse de remerciements et de reconnaissance serait envoyée au roi, et que les présidents dePuivert etdeSauveterre, et les conseillers de Raymend et d'Aguin iraient porter, aux pieds du trône, les sentiments de fidélité du Parlement. On décida, en même temps, que les chambres reprendraient leur service ordinaire, sur le serment de 1770, comme si la justice n'avait pas été rendue depuis cette époque.
Les fêtes n'avaient pas de fin. De toutes parts, s'élevaient des obélisques, des temples, des portiques, des arcs de triomphe et des statues, en l'honneur de la justice. Sur les places et dans les carrefours, le peuple dansait et chantait, en acclamant le Parlement et le roi. Sur la place royale, en face du Capitole, on dressa, sur un