CHAP. XXVII. — OBÉLISQUE A LA GRAND'CHAMBRE
magnifique piédestal couvert de peintures allégoriques, la statue de Louis XVI, debout, portant 1j manteau royal et le sceptre. Au-dessous des consoles soutenant le piédestal, des masques bachiques, ceints de pampres et de raisins, versaient du vin dans de larges coquilles où la foule allait s'abreuver. A Tune des faces du piédestal, un bas-relief, rehaussé d'or, représentait la justice dans un temple orné de fleurs, tenant la balance et Tépée, sous les rayons d'un soleil, à disque fleurdelysé, se levant à l'horizon. Aux pieds de la justice, l'envie terrassée dévorait son cœur, et des Hs, à moitié flétris, redressaient leurs tiges au souffle d'un génie qui couronnait de lauriers les armes de la ville.
Le 16 mars, au moment où la Basoche finissait sa distribution de gâteaux aux membres du Parlement, l'avocat Taverne, au nom de son ordre, fit aux chambres assemblées la dédicace d'un obélisque en marbre, destiné à perpétuer le souvenir du rétablissement du Parlement, et à rappeler aux générations futures l'alliance de la magistrature et du barreau. L'obélisque en marbre gris, surmonté d'un globe do. é, reposait sur un socle de marbre rouge et sur un piédestal de marbre blanc. Au bas de l'obélisque, dans un médaillon entouré d'une couronne dorée de lauriers et de chênes, était le portrait de Louis XVL Ce monument des avocats est encore à la première chambre de la Cour de Toulouse, à la place même où il fut posé, le 17 mars 1776, Sur une face du piédestal est gravée cette inscription latine : Ludovico XVI et felici magisiraluum redilui^ die XVII marli^ MDCCLXXVf causarumpalroni posuere, Dies ille, instar immortalitalis est.
648 HISTOIR»' DU PA-RLEMENT DE TOULOVSZ
L*académie des Jeux Floraux ne fut pas la dernière dans ces manifestations d'allégresse: elle mit au concours une ode sur le rétablissement du Parlement, dont le prix devait être une Thémis d'argent, Cest au chevalier de Lauro que la Thémis fut donnée; mais son ode, pleine d'allusions politiques, alors vivement applaudies, n'a ni Téclat, ni la flamme, et ne mérite pas de sortir de l'ombre.
Pendant deux mois, les fôtes se succèdent, et à chaque audience, les délégués de toutes les juridictions de la province, et les corps de métiers, bannières en tête, viennent haranguer le Parlement et lui annoncer de pieuses fondations, en faveur de son rétablissement.
Les audiences ne se rouvrirent que le 27 mars, à la grand' chambre. Ce jour-là, au milieu d'une foule immense, les avocats célébrèrent le retour du Parlement. Gary parla le premier et, après lui, Viguier, Poitevin, les deux Jamme, Delhé, Gabre et Gez. A la Tournelle et aux enquêtes les compliments furent prononcés par les avocats Mascard, Besaucelle, Majorai et Fages et par Fronton, substitut du procureur général. Presque, chaque jour, la Basoche faisait ses sorties et venait s'incliner devant le Parlement. Enivrée d'orgueil et de triomphe, elle décida qu'à l'avenir elle n'admettrait, dans ses rangs, que-des clercs de familles nobles. Hélas! il ne suffit pas pour conquérir une longue existence, d'écrire des louanges en vers et en prose, d'élever des obélisques et des statues. Ce n'est point par des discours seulement que des institutions se fondent et se perpétuent. Toutes ces harangues de la Basoche et des avocats se traînent dans les mêmes louanges sonores. Dans les villes du ressort, il y eut aussi des fêtes sans