‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 160 sur 182 · CHAP. XXVII. — COURONNEMENT DU ROI DS LA BASOCHE · texte numérisé non relu

CHAP. XXVII. — COURONNEMENT DU ROI DS LA BASOCHE

nombre. En signede joie et de reconnaissance, le Parlement vota une aumône de 3o,ooo livres, pour le soulagement des pauvres et l'élargissement des prisonniers.

Une des plus brillantes fêtes eut lieu à Toulouse, le 27 avril. Le roi de la Basoche venait de mourir : c'était le procureur Montilhet, dont le bourgeois Barthès a dit, dans ses Heures perdues : « Cet homme était toujours guindé < et propre à Texcès, ce qui témoignait, sans doute, du « grand loisir qu'il avait de se reposer ; d'une douceur et « d'une gravité extraordinaires. » A sa mort, on lui donna pour successeur le procureur Desclaux, bientôt détrôné, et remplacé par l'avocat Jean Monsarrat de Lagarrigue, fils d'un procureur. Fière de ce choix, la communauté des procureurs s'empressa de voter une somme de 3,ooo livres, destinée aux frais du couronnement.

Ce jour-là, vers quatre heures du soir, le sénéchal de la Basoche de Toulouse, suivi de ses clercs et de son artillerie, entra dans la salle des Pas-Perdu 5 du Palais, où l'attendait le roi, entouré de sa cour et escorté des sénéchaux des Basoches de Montauban et de Carcassonne, magnifiquement vêtus. Tandis que ce cortège se dirigeait vers la grand' chambre, le roi s'arrêta à la chambre des manteaux ; l'empereur, qui n'était autre que le roi sortant de charge, suivi des commissaires et des appointés de la Basoche, lui apporta, solennellement, la couronne et les insignes de la royauté. Puis, l'empereur étant entré à la grand'chambre, l'avocat général de la Basoche prononça une harangue, et requit l'empereur de procéder au couronnement du nouveau roi.

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Introduit à son tour, par une députation à la grand'chambre encombrée de gentilshommes, de daines et de gens du peuple, le roi couronné par Tempereur prit la première place, ayant à sa droite les sénéchaux des Basoches deToulouse, de Carcassonne et de Montauban, le connétable et les maréchaux; à sa gauche, l'empereur, le chancelier, le grand-maître, le grand amiral, le grand chambellan, le capitaine-colonel des Suisses et les officiers d'artillerie. Sur les degrés des hauts sièges, au milieu du parquet et en face du roi, se tenaient le sergent-major des Suisses, une canne d'une main et une épée nue de l'autre» et les divers officiers du roi et des sénéchaux. Il v eut des discours de Tempereur, du chancelier, du connétable et des sénéchaux de Toulouse et de Carcassonne.

A sept heures, l'empereur ayant été reconduit chez lui par des officiers du roi, la Basoche se mit en marche, le lieutenant d'artillerie en tète, suivi de trois fourgons contenant les équipages du roi et traînés par six chevaux recouverts d'étoffes brillantes, de carrosses attelés de mulets et de chevaux caparaçonnés de rouge à fleurs de lis d'or, gardés par des troupes d'infanterie et de cavalerie, des Suisses et des sapeurs armés de haches, et la bannière de la Basoche déployée, au bruit des fifres et des tambours.

Le premier huissier du sénéchal et du roi, les maréchaux, le connétable l'épée nue et levée, tous les grands officiers de la Basoche à cheval, et des valets de pied conduisant huit superbes chevaux de main précédaient le char à huit chevaux caparaçonnés de peaux de tigre, sur lequel était assis le roi, en habit royal, couronne au front et sceptre en main, ayant à ses côtés les séné-

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chaux et le chancelier, et aux portières du char, des pages, et des valets. A la suite du char, venaient les officiers de robe longue de la cour du roi et des sénéchaux, les syndics du Palais et du sénéchal, les procureurs et les avocats du roi de toutes les Basoches, les greffiers, les huissiers, les soldats des .sénéchaux, les musiques et des légions de clercs vêtus d'habits aux couleurs éclatantes.

En sortant du Palais, ce magnifique cortège passa par la rue Nazareth, la place Sainte-Scarbes, la rue des Nobles, la place Saint-Etienne, la rue Boulbonne, la place Saint-Georges, la rue de la Pomme et la place Royale. De là, il traversa la rue du Sénéchal, des Carmélites, du Refuge et la Grande-Rue qui ramena la Basoche au Palais. Plus de mille flambeaux Téclairaient sur son passage. Un banquet de quatre-vingts couverts l'attendait à la salle des procureurs.

< O triste lendemain ! > s'écrie le Journal des Affiches de Toulouse, « ô couronne d'épines ! » Ce journal, le premier qui ait été publié à Toulouse, venait d'être fondé par l'imprimeur juré de l'Université, Florent Baour, père du traducteur d'Ossias et du Tasse, Baour-Lormian. Ea racontant les sortie ^ de la Basoche, au moment de la suppression du Parlement-Maupeou, Baour qui se piquait d'érudition publia un article sur les origines et les privilèges de cette institution. Cet écrit, répandu dans la ville et le gardiage, ayant paru injurieux aux basochiens, le roi régnant c en triomphe et titre d'honneur > avait fait sommer l'imprimeur de comparaître devant le tribunal de la Basoche.

Sur les réquisitions du procureur général des baso-

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chiens, le roi, deTavis de son conseil et par ordonnance du 19 avril 1776, fit défense à Baour et à tous autres gazetiers de rien imprimer sur la Basoche, sans une autorisation préalable, à peine de 5o livres d'amende et de prison, avec injonction à Baour d*insérer cette ordonnance, dans la plus prochaine feuille de sa gazette et, en outre, avec ordre < de publication et affiche, dans « la ville et le gardiage, nonobstant toute opposition ou € appellation quelconques sans y préjudicier. »

Baour étourdi d'abord par ce coup d'autorité eut peur et se soumit. Il fallait compter avec le beau tapage, les huées, les chanson& et le tumulte des clercs. Il inséra, dans sa gazette, Tordonnance du roi de la Basoche, en l'accompagnant de réflexions, dont la pointe perçait sous la douceur des mots. La Basoche continuant à le poursuivre de ses colères et à mettre une sorte d'interdit sur son imprimerie, il déféra l'ordonnance au Parlement,

Le lendemain môme du couronnement, 28 avril 1775, amère dérision de la fortune ! le roi Monsarrat de Lagarrigue s'assit sur la sellette de la grand'chambre et entendit, après une sévère réprimande, le Parlement présidé par M. dePuivert, casser son ordonnance, lui interdire d'en rendre de semblables à l'avenir, et condamner le procureur général de la Basoche aux dépens, pour avoir pris des réquisitions contre Baour. Le bourgeois Barthès avait raison de sourire, en voyant passer, la veille, la Basoche triomphante et de répéter, avec sa fine malice, ce verset mélancolique et désenchsinté de l'Ecclésiaste: Vanilas, vanilalum, et omnia vanilas,

11 semble que cet arrêt du Parlement ait été l'arrêt

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