CIIAP. III. — PROCÈS DE VANINI
dacieux, en souvenir du dialogue de Thomas Morus et d'Erasme: c Ou vous êtes démon^ ou vous êtes Va- « nini ? > Plus loin, il résumait sa morale par ces deux vers de VAminie du Tasse :
Perdutto c tutto tempo, Che in amor non si spcnde.
Le président de Gramond ne se trompait point, en traitant de voluptueux ce philosophe singulier qui parlait avec tant de complaisance de sa maîtresse Laure et de cette Isabelle, son petit œil gauche, sinisirum meum oculum. Ce n'est pas manquer de justice et d'indulgence, que de «reléguer ce sceptique et ce railleur dans la secte des épicuriens. Bayle, qui a défendu la pureté de ses mœurs. Ta mal connu. Qui oserait affirmer qu'au château de Montrabe, sous les chênes et à l'heure de ce démon de midi dont les psaumes ont parlé, il n'essaya pas de reprendre son train de vie de l'hôtel de Bassompierre et d'enseigner, aux jeunes gentilshommes des maisons de Toulouse, les impuretés des mignons de Paris?
Il préférait l'amour à la gloire. Tout au contraire de Vauvenargues, le doux et profond moraliste, moins épris d'amour que de gloire, il disait dans V Amphithéâtre: € La gloire I mieux vaudrait une maîtresse. » Et dans ses Secrsts de la Nature : « Bien des philosophes donne- « raient tous ces petits bruits de la renommée pour un « sourire de celle qu'on aime. >
La vie de ce sceptique est remplie de contradictions. Le père Garasse n'a-t-il pas dit : € Étant à Toulouse et « rôdant en Gascogne, devant qu'on eût découvert sa < malice, quelles paroles saintes et sacrées, quels pro-
€ pos douillets et sucrés ne tenait-il ? Combien de confes- .€ sions a-t-il faites dans nos églises mêmes:? Combien c de fois est-il venu visiter nos pères et leur demander « des cas de conscience ? Le tout couvert d*une lâche « hypocrisie ; mais aussitôt que ce méchant homme « fut découvert, il se porta à une rage désespérée.» Et le père Garasse cite ensuite cette page de Vanini : € Pour « les hommes, il faudrait, comme les bûcherons font « tous les ans dans les grandes forêts, reconnaissant € le bois mort et le bois vert, retranchant tout ce qui m est inutile ou dommageable, pour retenir seulement € les bons arbres ou lesi jeunes baliveaux d'espérance. « Tout de même, il faudrait, tous les ans, faire une € rigoureuse visite dans les villes et mettre à mort ce « qui est inutile et ce qui empêche de vivre le reste, les € vieillards caducs, les vagabonds et fainéants, c'est-à- € dire, un millier de personnes qui sont comme les 4 ronces et les orties des autres pour les empêcher de « croître. » Et il fulminait ensuite cet anathème contre les athées ; c Secte pestilentielle se cachant et acquérant € des forces avec les années qui marchent. »
Les capitouls ne se méprirent point sur la portée de ses enseignements et de ses controverses. Sous l'étalage de la science, ils pressentirent les embûches et les périls et emprisonnèrent le théologien. On ne trouva sur lui qu'une bible et que des écrits informes sur des questions de philosopuie. Dans sa chambre de la rue des Giponiers, aujourd'hui la rue Peyrolières, on découvrit, au rapport de Rosset, un gros crapaud dans un vase d'eau. Lî peuple criait à la magie et disait que c'était là le dieu qu'adorait Uciglio. Le prisonnier se contentait de