CH.XXVIII.-TROUBLESDANSLE VIVARAIS,LE.GÉVAUDAN
siècle, s*abat sur Toulouse. Les parlementaires attendent, sur leurs sièges, l'appel des causes; cette fois, les avocats désertent la barre, et si le Parlement ne rend point d'arrêts, c est qu il n'y a plus de plaidoiries. Il faut pourtant rappeler un curieux arrêt de Tannée 1774: l'académie des Jeux Floraux, ayant proposé, pour prix, une cantate à la louange du roi et de Clémence-Isa ure, ce rapprochement entre la Majesté royale et une femme que beaucoup de capitouls prenaient pour ingénieuse fiction, leur déplut à tous, à l'égal d'une mésalliance. Ils firent aussitôt savoir aux mainteneurs qu'ils feraient enlever, à main armée, l'orchestre et les musiciens et fermer la salle des Illustres, le jour de la Fête des fleurs.
Sommation fut signifiée aux capitouls par les mainteneurs de laisser librement chanter la cantate. La cantate ne fut pas chantée et, le 3 mai, les capitouls refusèrent de se rendre au petit Consistoire, pour assister à ces fêtes. On vit alors, pour la première fois, l'académie se rendre à la Daurade sans le cortège des capitouls, les trompettes et les hautbois de la ville. Seul, le guet protégea le cortège, mais les soldats refusèrent de porter les fleurs, en disant que cela leur était défendu. Bientôt après, invités par l'académie à entendre dans la salle des Illustres l'éloge du roi, les capitouls refusèrent de donner les clés de la salle et prétendirent que Tédit ne l'accordait pas pour l'éloge des souverains. Le Parlement les y obligea et l'éloge fut prononcé. Les capitouls se vengèrent en faisant enlever les tables et les fauteuils.
C'est la fatalité de certaines populations d'être sans
cesse à la merci des agitations et des surprises. Dans l'Iiiver de lySS, le Vivarais, pays de misère et de révoltes, est troublé, une fois de plus, par un de ces mouvements populaires qui ramenaient la détresse dans ces contrées. De sourdes accusations planaient sur la déloyale et ruineuse conduite des gens d'affaires. Le peuple s'insurgea ; on appela cette sédition la sédition des masques armés. Sur-le-champ, le Parlement envoya dans le Gévaudan, le Vivarais et les Cévennes, les conseillers de Saint-Gery, d'Albis de Balbèzc, de Saint-Félix et d'Aguin et le substitut de Salasc. Leur ordonnance, du 14 janvier 1784, débutait ainsi : c II peut y avoir dos procureurs gens de bien. « mais universellement, on peut dire qu'ils sont la cause € de tous les désordres de la justice. » Et elle continuait par un effray^ant tableau de leur ûpreté au gain, et par la menace de fortes amendes contre les procureurs, avocats et notaires, coupables d'avoir suscité des procès ou engagé des procédures inutiles.
Dans une seconde ordonnance qui visait les officiers de justice, ces derniers n'étaient pas mieux traités : c La « corruption des membres a gangrené les chefs... ils ont € détruit le temple de la justice, pi)ur la rendre obscuré- € ment dans leurs maisons ou dans les cabarets. La vé- « nération des peuples pour les juges s'est changée en « mépris. Ces juges ne sont que des tigres avides. » On est confondu de si nombreux abus qui lésaient tant d'intérêts et qui se jouaient impunément de la fortune et de l'honneur des populations de ce pays. Sur les réquisitions de Tavocat général de Kességuier, le Parlement réglementa l'administration de ces justices royales et