CH. XXVIII. — LUTTE DES CAPITOULSET DURABLEMENT
seigneuriales, mais il ne put arracher du sol cette corruption.
Sur ces questions, qui tenaient à la vie même d'une partie de la province, le Parlement s'empresse de venir en aide au gouvernement, mais le gouvernement s'était trompé en croyant que le Parlement, ennemi des innovations, ne chercherait pas à reprendre ses traditions d'autorité et d'indépendance. Ce n'est pas sans raison qu'un mémoire anonyme adressé au roi, quelques jours avant le rappel des exilés, lui disait : < Ils rentreront « doux comme des agneaux ; arrivés en place, ils seront « des lions. »
L'éternel procès entre la Couronne et le Parlement recommence à Toulouse. A partir de l'année 1776, le Parlement s'était remis en guerre avec le grand Conseil du roi ; en 1778, les réformes apportées par le gouvernement au capitoulat réveillèrent ses tendances d'opposition et de lutte. Tant que les capitouls ne furent pris que parmi les marchands, les avocats ou les procureurs qui aspiraient à la noblesse héréditaire de leur charge, le Parlement exerça sur eux son pouvoir souverain. Quand on créa des capitouls choisis dans la noblesse, les divisions ne tardèrent pas à devenir plus vives et plus profondes.
Pendant quelques années, ce feu couva sous la cendre. Au mois de décembre 1788, le Parlement, rompant le silence, arrête qu'il ne sera rien innové à la manière d'administrer la justice et d'exercer la police confiée aux capitouls, ni au;e honneurs dus aux membres de la Cour, ni à son droit de présider les assemblées de l'Hôtel de Ville Le lendemain, il adresse au roi des remontrances où il rassemble tous ses griefs contre cette révolution muni-
cipale, émanée des arrêts du Conseil, dont il blâmait Tinconstance et l'arbitraire, en déclarant que ces sortes de réformes ne pouvaient être édictées que par lettres royales, enregistrées au Parlement, en vertu de diverses ordonnances des siècles passés.
Entrant alors dans les détails, les remontrances se plaignaient de la désignation des professions des capitouls ; elles disaient : < Ce n'est pas comme excerçant
< telle ou telle profession, c'est comme citoyen que chacun « doit y être ; c'est leur valeur individu.elle et l'intérêt de « chacun comme propriétaire, qui doit y donner place. > Elles se récriaient contre le grand nombre de négociants ou détaillants, au détriment des avocats, et contre le privilège accordé aux capitouls gentilshommes, de faire les propositions, de recueillir les suffrages et de dénoncer les délibérations qui seraient prises. En citant des passages de Montesquieu, les remontrances soutenaient dédaigneusement que ce privilège supposait, chez les capitouls de première classe, des lumières qu'on ne saurait attendre « de l'ignorance des lois, des formes natu- « relies à la noblesse, de son inatçntion et de son mé-
< pris pour le gouvernement civil ».
Tout était sujet à critique aux yeux du Parlement : la durée des fonctions des capitouls, la présidence accordée au premier capitoul de première classe, et, en son absence, au premier capitoul de la seconde, au mépris des ordonnances qui la donnaient aux commissaires du Parlement, la faveur octroyée aux capitouls gentilshommes de choisir seuls leurs successeurs, ce qui permettait d'exclure les magistrats, d'écarter, peu à peu, les esprits versés dans la science des lois, « afin