‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 167 sur 182 · CHAP. XXVIII. — MÉMOIRE DES AVOCATS · texte numérisé non relu

CHAP. XXVIII. — MÉMOIRE DES AVOCATS

< que des hommes, plus amoureux delà domination que « du bien public, ne trouvassent plus d*obstacles à leurs « desseins ambitieux ». Les remontrances se terminaient par cette rude apostrophe au roi : «Ne pas réclamer con- « tre les arrêts du Conseil qui changent ainsi des éta- « blissements permanents, c'est précipiter Tétat du gou- « vernement modéré dans le despotisme, non pas celui « du prince, mais celui des sous-ordres, despotisme plus

< dur et plus avilissant, qui étoufferait, dans Tâme de « ses sujets, tout sentiment de vertu, de patrie et de bien « public. »

Les parlementaires poussaient les avocats à faire un éclat. Après des discussions animées, les avocats résolurent d'envoyer au garde des sceaux un mémoire, pour se plaindre des torts des arrêts du Conseil. De son côté, le marquis de Belesta adressait au ministre des observalions sur les remontrances, et prétendait que les exclusions incriminées ne constituaient que des mesures de prudence, parce que les procureurs envahissaient tout, et que Tordre des avocats ne renfermait que vingt sujets connus par leurs talents et que les autres n'apportaient, à l'Hôtel de Ville, « que leur obscurité, leur indi- « gence et leur esprit de litige ». 11 traitait de chimériques les autres griefs des remontrances et protestait, en finissant contre la prééminence traditionnelle des parlementaires qu'il trouvait déplacée au Capitole, < les membres « de la Cour n'y pouvant figurer qu'en simples citoyens, « et les officiers municipaux étant les véritables officiers « du peuple ».

On assiste au travail de dissolution de cette ancienne société qui s'agite et se trouble à la veille de la

Révolution. Aux observations du marquis de Belesta, le subdélégué Ginesty répondit ainsi, en écrivant à Tin^ tendant : c Sans entendre détracter contre la haute no* c blesse, on ne peut se dissimuler qu'elle n*cst point en « possession de lumières, ni de connaissances bien pro- « fondes. Les gentilshommes de cette ville les ont en- « core rendues plus rares... Il est notoire qu'ils sont « presque embarrassés pour composer une simple let- < tre. Ils reconnaissent eux-mêmes qu'ils n'entendent « rien à la justice. » Quelques jours après, à Toccasion de la confection des cadastres, le Parlement, contestant aux intendants certaines attributions à eux accordées par une déclaration roj- aie, refusa son enregistrement et ne s'inclina que devant deux lettres de jussion.

Le ministère prohibe, un moment, l'exportation des grains en Languedoc et soulève l'opposition du Parlement qui défend, malgré l'édit, d'apporter obstacle au transport des grains. Le conseil d'Etat casse l'arrêt ; le Parlement envoie des remontrances et refuse d'enregistrer des édits créant de nouveaux impôts. Il accusait l'intendant Saint-Priest d'envenimer ces querelles ; il ne lui pardonnait pas d'avoir prêté la main au coup d'Etat du chancelier Maupeou. Mais Saint-Priest touchait au terme de la vie ; il mourut bientôt, en cédant la place au baron de Balainvilliers. C'est aussi le temps où moururent, à un an de distance, le président de Fuivert, chargé d'années, et son fils, avocat général au Parlement, â^é de vingt et un ans. Au dessus du lit de pierre où ils reposent, côte à cote, dans une chapelle de l'égUse Saint-Etienne, la Justice et la Paix s embrassent, et couronnent d'oliviers leurs images sculptées

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