CHAP. XXVIII. — ÉTAT CIVIL DES PROTESTANTS
dans le marbre et entourées de génies qui pleurent sur ce sépulcre.
Il semble que Thonneur doit revenir au Parlement de Toulouse, d*avoir fait la brèche aux dispositions de lu révocation de Tédit de Nantes qui enlevaient Tétat civil aux protestants. On sait que dans Tancienne législation, les actes embrassant l'état civil des familles ne se séparaient pas de l'administration des sacrements. A la révocation de Tédit de Nantes, Jes ministres de la religion réformée, étant réduits à s'exiler ou à se cacher, il n'v eut plus, pour les familles protestantes, aucun moyen légal de constater les naissances, les mariages ou les décès. Comme au temps de Julien TApostat, qui interdisait aux chrétiens les charges publiques et les écoles, les protestants du Languedoc, dont les pères avaient bravé les dragonnades, sans renier leur foi, dressaient au déserties actes de leur vie civile.
Entre la révocation de l'édit de Nantes et l'édit de Louis XVI de 1788, qui rendit Tétat civil aux protestants, se placent des arrêts du Parlement de Toulouse qui ouvrent à la législation une voie de tolérance, de pardon et de progrès. Le règne de Louis XV, qu'on a appelé le règne de la philosophie, fut surtout une époque insouciante et frivole, à qui la vraie philosophie fut étrangère. A ces années de décadence et de mollesse, ni les philosophes ni les sophistes ne songent guère à l'abrogation du fameux édit de Louis XIV.
Le Parlement a plus de pénétration et d'humanité : déjà en 1770, sur les conclusions de l'avocat général de Cambon, la rigueur de sa jurisprudence s'était adoucie, et la possession d'état lui avait paru, plus que le ma-
riage même au désert, un motif de proclamer la légitimité des enfants. Ces arrêts du Parlement de Toulouse retentirent dans le royaume.
En 1781, un nouvel arrêt de la deuxième chambre des enquêtes confirme cette jurisprudence. Par un autre arrêt de 1783, le Parlement maintient ses idées de large tolérance. Tout au contraire du Parlement de Paris, qui protestait contre la déclaration royale de 1788, le Parlement de Toulouse soutenait la Couronne de ses décisions empreintes de la plus haute philosophie. Il faut tout dire; au moment de Tenregistrement de cet édit qui rendait rétat civil aux protestants, il avait tenté d'apporter à cette loi des restrictions, de nature à exclure les protestants des charges municipales. Une déclaration royale annula ces restrictions.
Il se sépare presque toujours de la Couronne sur la question, sans cesse renaissante, des impôts qui accablaient les populations. Il refuse son enregistrement à l'édit du second vingtième et rédige des remontrances où il affirme, avec Fénelon, que le consentement libre des peuples est nécessaire à la création légitime des impôts. Il citait encore cette autre parole de l'archevêque de Cambrai, dans la Dircclion de la conscience d'un Roi : «c Croyez-vous que Dieu souffre que vous régniez, si « vous régnez sans être instruit de ce qui doit borner « et régler votre puissance?... Ce qui fait le sujet de la « douleur de la nation servirait-il de titre contre elle, et « voudrait-on prendre avantage de sa modération et de « sa patience? » Et, s'appuyant sur l'opinion de Malesherbes, il terminait en déclarant qu'il serait d'un gouvernement odieux de disposer, à son gré, des biens de