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CHAP. XXVIII. — LES GRANDS BAILLIAGES

huées du peuple, dans la rue et aux portes du Palais, il comprit que Testime des parlementaires n'était plus avec lui. Il n'est guère président que de nom jusqu'à 1787 ;il sô démit alors de sa charge que le roi donna au président Emmanuel de Cambon, esprit disert et cœur droit, qui reçut les honneurs de la grande entrée, au milieu de fêtes bruyantes qui devaient être les dernières.

Au Parlement de Paris, les choses s'aggravaient et les remontrances prenaient l'accent révolutionnaire. Tout en déclarant la monarchie héréditaire, ces remontrances déclaraient que l'impôt ne devait être voté que par les Etats généraux, et réclamaient le droit d'accorder ou de refuser l'enregistrement des lois émanées de l'autorité royale. C'était vouloir se créer une double puissance de législateur et de souverain appréciateur deslois.

Le gouvernement s'en effraya et voulut, par le concert et la rapidité des mesures, surprendre et tenir en échec les Parlements. Tandis que dans un lit de justice du 8 mai de cette année 1788, le roi haranguait sévèrement le Parlement de Paris, et que le chancelier exposait le plan de la nouvelle organisation judiciaire, le comte de Périgord, accompagné du conseiller d'Etat de Cipière, faisait transcrire, de Tordre du roi, sur les registres du Parlement de Toulouse, l'ordonnance qui divisait le ressort en cinq grands bailliages, ayant pour chefs-lieux les villes de Toulouse, d'Auch, de Carcassonne, de Nîmes et de Villefranche du Rouergue.

Jamais plus grande tempête ne fut soulevée à la grand' chambre. De l'exprès commandement du roi, le procureur général ayant requis l'enregistrement de l'or-

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donnance royale, le premier président de Cambon déclara que la Cour en allait délibérer, et invita le comte de Périgord et le conseiller d'Etat de Cipière à sortir de la salle. Sur leur refus, le premier président ayant répondu qu'il allait lever Taudience, le commandant en chef remit aussitôt à M. de Cambon, aux gens du roi et à tous les membres de la Cour, des lettres de cachet leur interdisant de se séparer avant la lecture et la transcription de Tordonnance.

Cette lecture linie, le premier président déclara de nouveau que la Cour allait délibérer, et que le commandant en chef et le conseiller d'Etat devaient se retirer et laisser libre la délibération. Le comte de Périgord répliqua en disant, que toute délibération était interdite et qu'il emploierait, au besoin, la force pour faire exécuter la volonté du souverain. Aussitôt, les parlementaires se levèrent et se retirèrent au premier bureau, à l'exception du premier président et du procureur général. Ouelques instants après, le commandant en chef rejoi- «^nit les parlementaires au premier bureau et les exhorta à rentrer à la grand'chambre ; sur un refus humiliant, il leur envoya un lieutenant du prévôt de la maréchaussée, avec injonction, de la part du roi, de reprendre l'audience.

Le lieutenant de la maréchaussée les trouva inébranlables ; Périgord revint à la charge et, ne pouvant vaincre les résistances, donna ordre aux cavaliers de la maréchaussée de faire sortir les parlementaires du premier bureau. Cédant à la force, ils rentrèrent à la grand'chambre, gardée par des sentinelles, et, dès qu'ils furent assis, le premier président protesta contre cette violence

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