CHAP. XXVIII. — RÉSISTANCE DU PARLEMENT
et déclara que tout ce qui serait fait allait ôtre frappé de nullité. Sans s'arrêter à cette protestation, lecture fut donnée de l'ordonnance royale. Le procureur général se leva et dit que le roi pouvait disposer de sa personne et non de sa conscience, et que, regardant cette ordonnance comme désastreuse pour la justice, il refusait d'en 'requérir l'enregistrement, en se réservant d'y mettre obstacle, dans Tintérôt du ressort, quand sa liberté ne serait plus gênée. Ce procureur général, Emmanuel de Rességuier, doué de ces qualités d'intelligence et d'élégance qui lui venaient de sa race, était le digne héritier des Rességuier dont la trace avait été profonde au Parlement.
Le premier président renouvela au comte de Périgord et au conseiller d'Etat son invitation de se retirer de l'audience, pendant la délibération de la Cour ; ils n'en tinrent pas compte, se couvrirent et, au travers de violentes protestations du premier président et du procureur général, prononcèrent l'enregistrement de l'ordonnance et des édits qui en étaient la suite. Ces édits supprimaient les tribunaux d'exception, réduisaient le nombre des ofliciers du Parlement et les mettaient en vacances, créaient une Cour plénière composée du chancelier, de la grand'chambre du Parlement de Paris, des princes du sang, des pairs du royaume et de quelques conseillers d'honneur. Puis, le comte de Périgord remit à la Cour des lettres de cachet portant injonction d'obéir aux volontés roj^ales. La Cour voulait encore délibérer; elle se vit contrainte à lever l'audience, sur la menace du commandant en chef de l'expulser par la force. A cette menace, le premier président répondit que si les mem-
bres de la Cour ne consultaient que leur devoir, ils se laisseraient arracher de leurs sièges, mais qu'ils se retiraient afin de ne pas donner ce spectacle affligeant au peuple.
Cette tumultueuse séance avait duré, sans désemparer, du 8 mai, à huit heures du matin, au lendemain matin, à cinq heures. On avait craint une sédition. Des soldats du guet, de la maréchaussée, des dragons et des fantassins gardaient les avenues du Palais. Le comte de Périgord suivit les parlementaires jusqu'à la porte du perron et y plaça des gardes pour les empêcher de rentrer.
Comme aux journées de la Ligue, le Parlement décide qu'il se rassemblera partout où il trouvera la liberté et le secret des délibérations. En renouvelant ses protestations contre ces édits de réforme, il promettait, en outre, de garder inviolablement le dépôt des lois, à lui confié par la nation, jusqu'à la convocation des États généraux. Les gens du roi, le procureur général de Rességuier, l'avocat général de Latresne, les substituts de Salasc, Manent, Perrey, Corail de Sainte- Foi et Fronton se refusèrent à envoyer, aux justices du ressort, Tordonnance et les édits enregistrés à la séance du 8 mai. Par son arrot du i3 mai, la Cour leur donna acte de leur opposition à ce bouleversement judiciaire, et arrêta des remontrances pour supplier le roi de retirer ses édits.
Les édits ne furent pas retirés et le grand bailliage de Toulouse fut installé, après bien des scissions et des querelles, parle conseiller d'Etat de Cipière : il se composait de cinq lieutenants, de treize conseillers et de trois gens du roi : MM. de Lartigue, juge-mage, lieute-