CHAP. XXVIII. — LE GRAND BAILLIAGE A TOULOUSE
nant civil, Sabales, lieutenant criminel, Berrié, lieutenant principal, Démon et Montané de Laroque, lieutenants particuliers, Bemadou, Bellegarde, Lancelot, Rimailho, Compayre, Esparceil, Ricotte, Dorie, Carratié, Martin et Perpessac, conseillers, le procureur du roi Moisses et les avocats du roi Laporte et Duroux. La première audience de ce grand bailliage eut lieu le 9 juin 1788.
Dans le ressort, les j ustices inférieures suivent l'exemple et l'impulsion du Parlement ; elles protestent et refusent leur enregistrement, tenant tête aux intendants et rédigr.^ant des mémoires, qui ne sont que des paraphrases des protestations parlementaires. A Toulouse, l'opposition s'organise, les capitouls proposent d'envoyer une supplique au roi pour obtenir la réintégration de la Cour, et ils confient aux trois commissaires Mascart, Lafage et le marquis de Panât le soin de dresser des doléances. L'intendant s'y opposa, et on ne reçut que trois mois après, à THôtel-de- Ville, une lettre du comte de Breteuil, autorisant l'envoi de ces doléances.
De son côté, la noblesse s'élevait contre la dispersion du Parlement et disait au roi : c La justice est la pre-
< mière dette des rois et, depuis trois mois, votre royau- « me, Sire, est sans lois et sans magistrats. Les tribu- € naux avoués par la nation sont fermés et la nation € ne peut voir, sans douleur, ceux que l'opinion publi- € que a déjà marqués de ce sceau redoutable dont les « caractères ne s'effacent jamais... Si l'autorité avait
< pu étouffer la voix de la conscience, les temples de
< la justice ne seraient point fermés. » L'ordre des avocats, les chapitres de Saint-Etienne et de Saint-Sernin
suivaient la noblesse dans cette voie de doléances, avec plus de vigueur peut-être, et saluaient, comme une aurore de prospérité et de paix, la convocation des États généraux. Devant cette ligue puissante, le roi faiblit et commença par suspendre l'établissement de la Cour plénière.
Pendant ce temps, le peuple insultait les membre des bailliages, leur jetait de la boue au visage, les chansonnait et lisait, aux éclats de rire de la foule, des pamphlets déversant l'injure sur les baillis, divisés entre eux, et découragés par la réprobation de la ville entière. Les sarcasmes de ce temps ont une àpreté inouïe et les chansons une verdeur singulière et un tour audacieux sentant leur origine populaire. Jamais chansons de carrefour n'eurent des pointes plus dures et plus mordantes. La prose n'épargnait pas d'avantage les baillis. La Lettre d'une dévote de Gascogne à madame Nccker s'attaquait violemment aux baillis et a l'archevêque Loménie de Brienne ; elle fut suivie de près du Poùmc sur la naissance y la vie et la mort des bailliages, rempli d'outrages envers les baillis et contenant le Billet d'invitation pour leur convoi et leurs funérailles. On allait jusqu'à chanter, aux audiences, les refrains les plus injurieux, au milieu des sifflets et des huées. On redoutait les collisions entre la troupe et les clercs de la Basoche.
Ni avocats, ni procureurs ne voulaient paraître devant les baillis, qui accusaient Alexandre Jamme et ses deux confrères les avocats Duroux et Lafage de les insulter dans les Nouvelles Affiches et le Courrier récréatif. Ils furent mandés à Paris, et on craignait pour eux la Bastille : leur rentrée à Toulouse fut un vrai triomphe. Le roi