‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 173 sur 182 · CH. XXVIII. — LES AVOCATS A PARIS. — LEUR RETOUR · texte numérisé non relu

CH. XXVIII. — LES AVOCATS A PARIS. — LEUR RETOUR

résistait encore et ordonnait que lesbaillis continueraient de siéger, môme pendant les mois de vacances du Palais. Il finit par se soumettre aux volontés du peuple : par une ordonnance de la fin du mois de septembre, il ne tarda pas à rendre leurs fonctions à tous les parlementaires, qui accueillirent dédaigneusement cette faveur royale et reprirent leurs audiences, comme s'ils n'avaient pas besoin d'ôtre rétablis dans leurs charges. Ils firent même d'arrogantes réserves sur leur droit de juger les délits commis envers leur autorité. De môme qu'au jour de l'abolition du Parlement-Maupeou, la ville de Toulouse et la province se mirent en fête ; on alluma partout des feux de joie, on brûla les baillis en effigie et o'n jeta leurs cendres au vent, au bruit des chansons des écoliers, du peuple et de la Basoche.

Le Parlement envoyait des remontrances au roi et lui disait : € Votre souveraineté est pleine et entière ; on

< peut même dire qu'elle est absolue, en ce qu'elle estin-

< dépendante de toute autorité humaine ; mais il ne « s'ensuit pas que votre gouvernement puisse ôtre arbi-

< traire. >

On se passionnait dans les villes et les bourgades ; des montagnes du Comminges aux Cévennes et au Vivarais et de la Garonne au Rhône, noblesse, clergé, bourgeoisie ou peuple, poussés par le Parlement, faisaient résonner, comme un tocsin, les mots de liberté et de progrès, n'aspiraient qu'à la réunion des Etats généraux et se livraient à une sorte de croisade contre les Etats du Languedoc.

Un arrêt du Parlement, du 21 janvier 1789, leur porta un coup mortel : il les traitait de représentation illu-

soire, ne pouvant survivre au désaveu des populations, et n'ayant aucun droit d'envoyer des députés à T Assemblée nationale ; ii réclamait ensuite leur suppression. Cet arrôt souleva, dans la province, une explosion de ressentiments contre les Etats. A l'heure où ils allaient disparaître dans cet orage, le roi et son ministre Necker leur tendirent la main, en les autorisant à continuer leur mission. Vers la fin de janvier, ils s'assemblent encore, et à une de leur dernières séances qui n'est pas sans intérêt pour l'histoire littéraire, ils acceptent la dédicace de la pastorale de Florian, Estelle cl Némarin.

L'archevêque de Narbonne, qui présidait l'assemblée, vanta surtout Tépitre dédicatoire qui lui parut le plus bel éloge qu'on eût fait de Tadministration des Etats. Il souhaitait que cette pastorale, dont la scène se passait dans la vallée du Gardon et qui respirait l'amour de la patrie, sous le voile des mœurs champêtres, ramenât partout, dans les esprits et dans les cœurs, le calme et la pureté des sentiments. Ce vœu ne devait pas être entendu. En se séparant, le 21 février 1789, les Etats ne se doutaient pas qu'ils accomplissaient le dernier acte de leur existence, et qu'à quelques jours de là, il n'y aurait plus de province de Languedoc. On songe à i'épigramme grecque : « La mort a surpris un vaillant capi- € taine, un soir de bataille, au moment où il respirait « une fleur poussée au bord du chemin. » Les États du Languedoc s'éteignirent à jamais, après avoir respiré les senteurs de la pastorale de Florian.

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