CHAP. XXIX. — GRAVE DÉLIBÉRATION
c'est-à-dire séance tenante, et décida que ces lettres ne seraient pas transcrites, que le Parlement ne pouvait se détruire lui-môme, et qu'un extrait de la délibération de la Cour serait envoyé au roi c comme un monument € que les magistrats, composant la Cour et ceux qu'elle € représente, consacraient au roi et à la nation. > Cette délibération, qu'on disait être de la main du procureur général, renfermait tous les griefs de la vieille France contre les réformateurs et les agitateurs de l'Assemblée nationale. Elle se terminait ainsi :
« La Cour, invariablement attachée à la personne sa- € crée du roi, aux princes de son auguste maison et aux •K divers ordres de l'État, proteste, pour l'intérêt du dit € seigneur roi, du clergé, de la noblesse et de tous les « citoyens, contre les atteintes portées aux droits de la « Couronne, à l'anéantissement des ordres, Tenvahisse- « ment de leurs ''propriétés et le bouleversement de la
< monarchie française ; contre tous les édits, déclara, « tions et lettres patentes portant suppression de la « Cour ; contre le démembrement de la province de Lan- « guedoc, des autres provinces formant l'étendue de son « ressort et l'anéantissement de leurs privilèges ; pro-
< teste enfin contre toutes les atteintes portées à la « religion, à la dignité de ses ministres, à la juridic- « tion spirituelle de l'Église et aux libertés de l'Église « gallicane. »
Mais les temps étaient accomplis. Un décret, du 1 1 septembre, ayant prescrit l'apposition des scellés au greffe de la Cour, une circulaire du commissaire de la maison commune, signée des trois officiers municipaux, l'avocat Bragouse, Babard et Castaing, convoqua au Palais tous
les greffiers, garde-sacs du Parlement. Le 29 septembre ils se rendirent tous au greffé des expéditions, pendant qu'une iroupe de gardes nationaux se plaçait aux portes du Palais.
A midi, le cortège municipal entra à la grand'chambre. en désordre, au milieu des scribes et des valets de ville. Les greffiers ne paraissant pas, on leur dépêcha le secrétaire de THôtel-de-Ville, à qui l'un des greffiers, Trinquecostes, répondit sèchement, et en strict observateur des traditions parlementaires, que la place des greffiers était, non à la grand'chambre, mais au greffe, où ils attendaient les officiers municipaux. Ce ne fut qu'après une longue contestation, que les deux greffiers Trinquecostes et Labroue se dirigèrent vers la grand'chambre. Sur le seuil, ils rencontrèrent Bragouse qui leur dit : « Vous ôtes instruits de l'objet qui amène la € municipalité au Palais et des opérations qu'elle doit « faire. » En greffier prudent, Trinquecostes répondit qu'il ne le savait que par la rumeur publique et quil demandait la lecture du décret. Bragouse lui ayant montré le décret, force fut à Trinquecostes d'ouvrir les greffes où pénétrèrent les délégués de la commune, suivis de gardes nationaux, le sabre et la baïonnette au bout du fusil.
Ils traversèrent toutes les salles des greffes, encombrées de registres et de procédures qui contenaient l'histoire de trois siècles ; ils fermèrent toutes les communications extérieures, et mirent les scellés aux deux principales portes ouvrant sur l'escalier des greffes. Bragouse a\'ant réclamé les clés, les greffiers répondirent quelesrègles de la justice ne permettaient pas de garder