CH. XXIX. — LES SCELLÉS AU GREFFE DE LA COUR
à la fois, le sceau et les clés des serrures scellées. On laissa les clés aux mains des garde-sacs. Quand les officiers municipaux voulurent faire signer aux greffiers le procès-verbal de cette opération, les greffiers refusèrent et dressèrent, à leur tour et dans leur maison, la relation de cet acte de violence. Ce fut leur dernier hommage aux règles des formalités juridiques. Ils ne pouvaient croire que le Parlement, qui avait vécu près de de quatre cents ans, cesserait d'exister.
De môme que les greffiers, le peuple refusait de croire à l'abolition de ce Parlement dont la puissance avait été si grande ; mais au-dessus du peuple, grondaient les clubs et les comités révolutionnaires, et à leur tète Mai Ihe, procureur-syndic des amis de la Constitution, qui reniait alors ses vers en l'honneur de la famille royale, couronnés aux Jeux Floraux. C'est lui qui adressa, au directoire du département et à l'Assemblée constituante, une furieuse dénonciation contre les parlementaires toulousains. Au milieu des colères qui se déchaînèrent à l'Assemblée nationale contre les Parlements, Robespierre s'attaqua à la protestation de la chambre des vacations de Toulouse :
€ Cet arrêté, dit-il, nest qu'un acte de délire qui ne doit € exciter que le mépris. L'Assemblée peut déclarer aux « divers membres du Parlement de Toulouse qu'elle « leur permet de continuer à être de mauvais citoyens. « Ce corps se coalise avec le pouvoir exécutif. » Et aussitôt, la protestation du Parlement fut taxée de crime de lèse-nation ; on décida que, dans le délai de huit jours, le comité de Constitution présenterait le projet d'organisation de la haute Cour nationale, à qui re-
viendrait la mission de juger ces sortes de crimes.
A la séance du 8 octobre, le prince de Broglie, par un ressentiment séculaire de la noblesse contre la robe, parlant au nom du comité des rapports, appela toute la sévérité de l'Assemblée sur la protestation de la chambre des vacations de Toulouse. A la fin de son rapport, il s'exprimait ainsi : c Chef-d'œuvre, à la fois d*égaremen « et de perfidie, cet arrêté sacrilège est au-dessus de toute « qualification. C'est le tocsin de la rébellion sonné par « ceux-mêmesdont les fonctions augustes et bienfaisantes € ne devraient tendre qu'à la paix et à la tranquillité.» Et il reprochait aux parlementaires d'attaquer la Constitution, de ranimer des prétentions éteintes, d'évoquer le fanatisme et de pousser à l'insurrection. Il terminait, en déclarant qu'à la suite de cette forfaiture, la liberté des signataires de cette protestation audacieuse serait un scandale, et il proposait, au nom de la patrie en danger, un châtiment de nature à devenir l'éternel monument de la vindicte publique et du pouvoir des lois.
Aux applaudissements de l'Assemblée, l'impression de ce rapport du prince de Broglie fut votée, presque par acclamation. L'abbé Maury aurait voulut clore la la discussion, mais Alexandre Lumeth monta à la tribune, et s'écria qu'il y avait deux mo\'ens de réprimer l'audace du Parlement de Toulouse, la vengeance de l'opinion ou celle des lois, le ridicule ou le châtiment. Et il opta pour le châtiment.
Du côté du tiers-état, s'éleva timidement la voix du député Madier de Montjau, premier consul du Rourg- Saint-Andéol, pour défendre les parlementaires de Toulouse ; il ne fit qu'exciter les rires et les murmures de