‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 19 sur 182 · CUAP. III. — PROCÈS DE VANINI · texte numérisé non relu

CUAP. III. — PROCÈS DE VANINI

« reux athée, venu d'Italie et surnommé le Napolitain. « Il fut brûlé vif à la place du Salin et mourut obstiné, c sans jamais vouloir reconnaître Dieu. On l'estimait « fort docte. »

Il faut rendre la parole au président de Gramond : « Je Fai vu, quand, sur la charrette, on le conduisait « au gibet, rejetant les consolations que lui offrait un € moine franciscain. Au dernier moment, son aspect

< était farouche et horrible, son âme inquiète, sa pa- « rôle pleine de trouble, et quoiqu'il criât de temps en

< temps qu'il mourait en philosophe, il est mort comme

< une brute. Avant de mettre le feu au bûcher, on lui « ordonna de livrer sa langue sacrilège au couteau ; il c refusa ; il fallut employer des tenailles pour la lui « tirer, et quand le fer du bourreau la saisit et la « coupa, jamais on n'entendit un cri plus horrible : on « aurait cru entendre le mugissement d'un bœuf. Le « feu dévora le reste et les cendres furent livrées « au vent. Telle fut la fin de Ucilio Vanini; ce cri de « bête qu'il jeta après la mort fait assez voir sou peu « de constance. Je l'ai vu en prison, je le vis au sup- « plice et je l'avais connu avant qu'il fût arrêté. Livré € en esclavage à ses voluptés, il avait mené une vie

< déréglée ; dans !a prison, il fut catholique ; il alla à la « mort dénué de tous les secours de la philosophie, et « enfin il finit ses jours ea enragé. »

A ce président à mortier, reflétant dans son histoire les ressentiments et les passions de son temps, on n'a pas le droit de demander une explosion d'indignation et de larmes: on doit au moins lui reprocher la dureté de son récit qui n'a jamais un tressaillement de pitié.

Il parle comme le père Bisselin, qui a rapporté que Vaniai beugla jusqu'à ce que la flamme l'eût dévoré. Ce chroniqueur infidèle ne s'est pas souvenu de l'arrêt qui prescrivait au bourreau d'étrangler le condamné, avant de le jeter au feu.

Le surlendemain, ii février, à cette place du Salin, encore pleine de la cendre du bûcher, un chœur éblouis«i sant de chevaliers armés d'épées fleuries de lauriers et de myrtes, de pages portant des lances vertes et de dames faisant flotter au vent de galantes devises, dansa le ballet des Quatre parties du mondes dont le prologue avait été composé par Goudouli. A cette vieille place étroite et sans soleil, les parlementaires pouvaient voir ainsi, chaque jour, toutes les fêtes et toutes les douleurs humaines., le gibet et les bûchers, les carrousels et les ballets. Sur des chevaux couverts de toile d'or et aux crinières parsemées de langues de soie rouge, le duc de Montmorency, le comte de Caraman, les barons de Montant et de Cardéac, et le marquis de MirepoiîQ conduisirent les quadrilles. Ces chevaliers de beauté et ces amazones brillantes luttèrent de grâce et dansèrent la quintaine, au bruit des trompettes d'argent, dans ce champ clos où la langue de Vanini avait été arrachée l'avant-veille et son corps jeté au brasier. Par un hasard singulier, ou par une sorte de protestation ven-« geresse, une des amazones prit, pour emblème, une vi-time couronnée de fleurs, au milieu d'un grand feu brûlant sur un autel, avec cette devise : c Quand on me € brûle, je triomphe. »

Vanini n'a pas beaucoup triomphé après sa mort, mais on a beaucoup écrit sur lui. Voltaire, qui a ri

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