‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 20 sur 182 · CHAP. III. — PROCÈS DB VANINI · texte numérisé non relu

CHAP. III. — PROCÈS DB VANINI

c^e tant de choses, s*est moqué, d*un sinistre haussement d*épaules, de ce supplicié en disant : c Je suis € fâché qu'on ait cuit ce pauvre Napolitain, mais je brû- € lerais volontiers ses ennuyeux ouvrages. » A une autre page de ses Mélanges philosophiques, il a ajouté :

< Sa fin malheureuse ne nous émeut point, comme € celle de Socrate, parce que Vanini n'était qu'un pé- € dant étranger, sans morale ; mais enfin Vanini n'é- « tait point un athée, comme on Ta prétendu ; il était

< précisément tout le contraire. »

Le ministre protestant, David Durand, a flétri en termes plus violents les doctrines de V Amphithéâtre et des Dialogues. Il a dit qu'elles étaient d'une affreuse hypocrisie de nature à faire des athées philosophes et profanes, à les dégoûter de la religion, à les pousser à la débauche, et à propager l'athéisme et le matérialisme par la plus cynique impiété. Le père Garasse, auquel il faut revenir sans cesse en parlant de Vanini. disait gaiement : c Pauvre papillon venu d'Italie pour

< se brûler au feu du Languedoc, comme si le Vésuve

< n'eût pas été aussi chaud que les brasiers de France. » Le journal de Malenfant n'a rien dit de Vanini, et le

nom de ce supplicié ne se trouve à aucune page du manuscrit. Pourtant, dans la Rcmie des Deux Mondes, en l'année 1848, et plus tard, dans les Fragments d'histoire et de philosophie, M. Cousin a cité un assez long fragment de ce journal où se rencontrent, daag leurs détails, la condamnation et le supplice du Napolitain. Vers le même temps, un autre extrait de Malenfant, qui ne différait du premier que par la forme et ne changeait rien au fond, fut publié par M. Dumège.

De quelle maia étaient tombés ces deux extraits imaginaires ? On a si souvent reproché à M. Dumège la fabrication de tant de pièces historiques, jetées à la curiosité publique, qu'il est bien permis de lui attribuer Vorigine de ces deux passages de Malenfant, qui n'ont existé que dans son esprit enclin aux inventions.

Pourquoi le greffier Malenfant a-t-il gardé le silence sur ce procès si retentissant, et par quelle inspiration a-t-il voulu laisser, dans la nuit, cet événement qu'il aurait pu éclairer d'une vive lumière? Est-ce la crainte d'affliger le premier président de Bertier, s*il est vrai que de Bertier, qui paraissait avoir été l'hôte de Vanini, ait été son ami ? Le premier président de Bertier était au nombre des juges et sa présence à l'audience semble démentir cette assertion. On ne voit pas bien l'intérêt de de Bertier à étouffer le bruit du procès. Malenfant a-t-il eu peur de déplaire à des amis de Vanini? On ne peut rien dire de précis à ce sujet. Il y aura toujours un nuage sur ce silence.

Il a été de la destinée de ce philosophe vaincu, d'être presque toujours jugé par des ennemis ou des vainqueurs, avec l'âpreté et la passion des victorieux. On ne connaît guère, en sa faveur, qu'une apologie écrite en latin par Aspa, en 1712. Sur sa mémoire, jetée aux gémonies, pèse encore l'arrêt du Parlement. Le sophiste a rabaissé la victime. Il n'aura jamais sa place à côté de Jean Huss, de Savonarole, de Jordano Bruno, d'Etienne Dolet et de Servin, et de ces philosophes intrépides qui ont soutenu, avec une constance et une foi inébranlable?, la fidélité à leurs dogmes et l'inviolabilité de leur con-

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