‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 3 sur 182 · CHAP. 1". — QUERELLE DE PRÉSÉANCE II · texte numérisé non relu

CHAP. 1". — QUERELLE DE PRÉSÉANCE II

ces mots à son arrêt d'enregistrement : c Sans approba- € lion toutefois de la Cour de Parlement, en ce qui regarde la chambre de TEdit. »

A toutes les entrées des gouverneurs ou des princes, des querelles de préséance se réveillent au Parlement. Au mois de juillet i6i3, l'amiral Henri de Montmorency, gouverneur du Languedoc, arrive à Toulouse et le Parlement s*empresse de désigner pour aller le saluer, en wn hôtel, le président de Caminade et deux conseillers. Uamiral qui s'attendait à la visite du premier président, refusa, pendant deux jours, d'aller chez François de Clary. On finit par s'entendre et par convenir que le gouverneur et le premier président sortiraient en même temps de leurs maisons, se rencontreraient dans la rue et que l'amiral rentrerait chez lui avec le premier président, auquel il rendrait la visite dans la même journée. L'amiral ne se pressa pas de sortir et ne descendit dans la rue, qu'au moment où le premier président s'approchait de son hôtel, selon ce qu'avait fait le connétable envers le premier président Daffis. Malenfant, qui raconte ces choses, ajoute : cTout cela fut fait sans que la Cour « s'en mêlât, car si la chose eut été délibérée, la Cour € n*eùt souffert que le premier président fût sorti de son € logis,sans avoir été premièrement visité par l'amiral.»

Montmorency siégea à la grand' chambre, le 14 juillet, accompagné du sénéchal de Nîmes et de Beaucaire, de François de Noailles comte d' Ayen, sénéchal de Rouergue et gouverneur de la Haute- Au vergue, et de Jean de Cornusson, sénéchal de Toulouse, qui disputa la préséance au sénéchal de Nimes. Il n'y eut ni banquets, ni fêtes à cette entrée du gouverneur ; la famine et la peste dé-

solaient le pays. On forma, sous le nom de bureau des Sauveurs, un conseil composé du président de Caminade, de deux conseillers, des gens du roi, du juge-mage, des capitouls et du vicaire général de l'archevôclié. Ce bureau des Sauveurs rassembla les pauvres et les répartit parmi les familles aisées : on ne vit jamais un plus grand dévouement à soulager la misère ; les parlementaires demandèrent à n'être distingués que par l'obligation de nourrir un nombre de pauvres, au delà de celui qui leur était assigné. La misère se prolongeant, les <:hambres, assemblées en février i6i4,afin de préserver de la faim et de la mort une multitude d'indigents, décidèrent de contribuer aux ressources de la charité jusqu'aux récoltes prochaines, par des dons d'argent en rapport avec le rang et la fortune des membres de la •Cour. Le premier président oflErit i6 écus d'or par mois; les présidents à mortier en donnèrent 8 ; les conseillers et les greffiers, 4 ; les avocats généraux et le procureur général, 6.

C'est vers ce temps que le Parlement refusa d'ouvrir ses rangs à Olivier Tolosani, Conseiller au présidial, pourvu par le roi d'une charge de conseiller au Parlement, parce qu'il répondit mal aux questions qui lui furent posées, sur les cinq livres c fortuitement ouverts, € à son examen ». En retour, il accordait des dispenses d'âge aux magistrats faisant preuve d'une science précoce. C'est aussi à ces années que mourut le président Potier de la Terrasse, dont la charge fut donnée par le roi à Jean de Màniban, maître des requêtes, lieutenant général de la sénéchaussée de Guyenne, fils d'un ambassadeur en Suisse et ayant lui-même, ainsi que le disaient

CHAP. l*'. — ARRESTATION d'un COURRIER DE CONDÉ iS

ses lettres de provision, servi à la satisfaction du roi« dans des affaires d^Etat.

Les princes étaient loin de donner au roi cette satisfac* tion dont parlaient ces lettres royales : Condé reprenait les armes et adressait au Parlement de Toulouse, le 26 mars 1614, une lettre que le Parlement ne voulut pas ouvrir et qu'il renvoya à la régente, après avoir fait arrêter le courrier du prince de Condé et saisir, sur lui, d'autres lettres adressées à des gentilshommes gascons. Un moment, on délibéra sur sa vie ou sur sa mort. Interrogé aux prisons du Capitole par un conseiller de la grand'chambre et un conseiller de la Tournelle, sur ses discours séditieux dans les châteaux de Gascogne, il refusa de répondre, en disant qu'étant de la religion réformée, il en appelait à la chambre de TEdit.

La reine qui cherchait à ramener Condé à la soumission dépêcha, à son tour, un courrier au Parlement pour faire rendre la liberté à l'envoyé du prince, qui ne lui paraissait mériter qu'une réprimande. La réprimande lui fut donnée, en l'hôtel du premier président, en présence des deux présidents de Caminade et de Bertier, avec menace d'être mis à mort, s'il venait à propager la révolte dans le ressort. En môme temps, le Parlement interdisait les assemblées et enrôlements des gens de guerre, les entreprises sur les villes et les sujets du roi, avec injonction aux sénéchaux, capitaines, viguiers, consuls et autres justiciers de sonner le tocsin, en casde désordre, et de tailler en pièces les rebelles.

La reine et le roi louèrent hautement le zèle et le dévouement du Parlement et lui renvoyèrent cette lettre de Condé, datée de Mezières : c Messieurs, plusieurs

€ princes, ducs, pairs et officiers de cette couronne et « moi, nous étant assemblés en cette ville de Mézières, « pour pourvoir au bien des affaires publiques, ont jugé « que je devais en écrire à la reine et vous envoyer la € copie de ma lettre, par laquelle vous verrez le but de € nos sincères intentions. Nous vous conjurons tous, « par Tafifection que vous devez à votre patrie, de la « secourir en une si célèbre et urgente occasion ; vous y € aurez un intérêt avec nous et tous les bons Français. « Contribuez-y donc de tout votre pouvoir et faites € paraître, à temps, votre zèle par lequel je me sentirai « obligé de plus en plus, et demeure, messieurs, votre « affectionné et assuré serviteur, Henry de Bourbon. > Grâce à la fermeté du Parlement, cette lettre et les appels à la révolte répandus dans la province par les émissaires du prince de Condé s'émoussèrent, c'est le • président de Gramond qui Ta dit, comme des flèches

. sur un bouclier. La convocation des Etats généraux fut une des conditions de la paix. Les députés de la noblesse du Languedoc y demandèrent la suppression de la chambre des requêtes, l'abolition de la vénalité des charges et la nomination de douze gentilshommes à des places de conseillers dans les divers Parlements du royaume. La noblesse, dédaigneuse autrefois de la science des lois, regrettait alors cette puissance perdue et aspirait à la reconquérir. Condé se plaignait à la régente de ce que c cette noblesse, soutien de la France, « terreur des étrangers, maîtresse des campagnes et € vaincresse des batailles, était maintenant bannie des « offices de judicature, faute d'argent». Condé audacieux et remuant ne pouvait se résoudre à

CHAP. l**. — PROCÈS d'iSABEAU DE ROMILLON l5

désarmer. Il alarmait, sans cesse, la régente par ses manifestes hardis, ses intrigues et ses liaisons avec les calvinistes. Il organisait à Nîmes un prochain soulèvement et nommait les capitaines destinés à commander les troupes de la Réforme, mais Tamiral de Montmorency s* attachait à ses pas et parcourait la province, en semant autour de lui, avec sa douceur et sa bonté, des paroles de réconciliation et de paix qui calmèrent les deux partis. Il regagna Toulouse au mois d*août 1614 : le 28 août, il siégeait au Parlement, avec les évéques de Carcassonne et de Lavaur et avec François Dufaur, président au Parlement de Grenoble qu*un procès retentissant avait attiré à Toulouse.

Isabeau de Romillon, née dans un village du Comtat Venaissin, avait une de ces imaginations dont la Grèce disait qu'elles montaient dans les nuages plus vite que le vent. Veuve à trente ans, elle partit pour TEspagne où elle se laissa emporter, à Tinspiration d*un chanoine espagnol, vers les mystérieuses régions des rêves, des révélations et des visions. Elle se crut possédée d*un démon : un prêtre Texorcisa. Isabeau de Romillon, suivie de sa fille qui ne la quittait jamais, repassa les Pyrénées et alla dogmatiser dans son pays natal, d*où Tévéque de Cavaillon la fit chasser. En errant de ville en ville, elle s'arrêta à Toulouse et s'y érigea en prophétesse, racontant ses visions, annonçant l'avenir et exhortant les pécheurs à se convertir et à lui confesser leurs fautes, en affirmant qu'elle tenait de Jésus -Christ le pouvoir de les absoudre.

Les simples, les femmes du peuple et les enfants se laissèrent éblouir par ces bizarres extases et ces égare—

l6 HISTOIRE DU PARLEMENT DE TOULOUSE

ments d'une illuminée. A ces époques reculées, les croyances populaires flottèrent, plus d'une fois, au souffle d'une piété naïve ou exaltée. Isabeau de Romillon voyait partout des sorciers, dans les rues, sous les toits des maisons, au fond des bois, au milieu des champs : un jour, elle accusa publiquement la fille d'un trésorier de France d'aller au sabbat. Pour en finir avec ces scandales, le Parlement condamna la visionnaire à être enfermée aux prisons de l'arche vêché.

La prison n'étouffa pas en elle les mystiques aspirations. En voyant de près cette femme d'une pureté sans tache, et dont les aumônes servaient à bâtir l'église du couvent des religieuses du tiers ordre de Saint-François, le président aux enquêtes, Guillaume de Rességuier surintendant du couvent, séduit par tant de charité et de piété, la crut persécutée, pénétra dans sa prison, en fit ouvrir les portes et prit avec elle la route de Paris. Cette évasion aggrava les choses : un arrêt de la Tournelle prononça le banissement contre Isabeau de Romillon et sa fille, avec défense de rentrer dans le ressort de la Cour, à peine du bûcher. Un autre arrêt des chambres assemblées décida que le président de Rességuier serait mandé et entendu, et qu'en attendant, il lui serait interdit de se mêler des affaires de la Romillon et de celles des religieuses du tiers ordre.

Le président en référa au roi et à la reine, la cour des princes, selon le mot du père Lombard, étant le lieu du monde où la nouveauté et la singularité sont le mieux accueillies. Il leur présenta Isabeau de Romillon, accompagnée de trois religieuses du tiers ordre, et parla si bien de leur ferveur et des persécutions du Parlement, que le

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