CHÂP. IV. — ÉMEUTES DANS LE VIVARAIS
rêter et de ne pas exposer sa vie. Il leur adressa cette fière réponse : c J'irai en ville, quel que soit Tévé- « nement qui m'attende ; je suis né pour servir le roi « et, s'il le faut, je mourrai pour son service. > Il poursuivit sa route : arrivé aux portes de Privas, il y trouva les consuls qui lui donnèrent l'assurance que la ville rentrerait dans le devoir ; il répondit qu'il n'en croirait que le témoignage de ses yeux. II pénétra aussitôt dans les rues et se fit ouvrir les portes du château, où il s'entretint, avec la dame de Privas, des moyens de terminer la sédition. La trêve ne dura pas longtemps ; elle fut rompue par les deux partis et ne s'exécuta qu'à l'arrivée du duc de Montmorency.
Tandis que le calme renaissait enfin au fond de la province, l'assemblée de la Rochelle renforcée, malgré le Parlement et le roi, des protestants du ressort de Toulouse, soufflait la guerre dans le royaume. A Castres, à Montauban, à Saverdun, à Pamiers et à Cazères, les protestants fermaient les portes de leurs villes et emprisonnaient les catholiques. Toulouse reprit les armes et se hâta de remplir son arsenal. Dans un conseil général de ville auquel assistèrent plusieurs parlementaires, on résolut d'acheter mille piques et de faire fabriquer des mousquets par Élie Bachelier, aussi habile à forger des armes, que son père Pierre Bachelier à bâtir des châteaux de la Renaissance.
A ces époques de crise, le Parlement veillait surtout à l'élection des capitouls. En l'année 1620, le viguier, le sénéchal et les capitouls ayant procédé, sans l'autorisation du Parlement, à l'élection des marchands Commère, André et Austry, des avocats Foucaud, Parrin et
Carrière-Double et des écuyers Viguier et Rességuier, le Parlement cassa cette élection et nomma d* autres capitouls, les bourgeois Gante de Vigneaux, Defay et Carrière, les écuyers de Lordat et de Rabastens et les avocats de Puymisson, Chapuys et Comeilhan. Le 27 novembre, THôtel de Ville se pourvoit devant le roi et expédie à Paris un gentilhomme dévoué au seigneur de Cornusson, sénéchal de Toulouse* Le lendemain, le Parlement enjoint aux capitouls, par un huissier, d* obéir à ses arrêts ; ils répondent qu*ils agiront comme de raison. Sur ce mot, le greffier Malenfant, par ordre du Parlement, se transporte à l'Hôtel de Ville et déclare aux capitouls que la Cour trouvait étrange qu'il n'eussent point obéi au premier commandement, très étrange surtout que le second eût été sans eflfet, et qu'ils eussent à se soumettre sur-lechamp.
Le chef du consistoire, l'avocat Carrière, réplique en affirmant que les capitouls étaient les très obéissants serviteur de la Cour, mais qu'ils la priaient de leur vouloir faire ce commandement par écrit, afin d'y répondre aussi par écrit, et de se pourvoir par les voies de droit contre l'arrêt du Parlement. Le greffier ayant réparti qu'il fallait obéir sans observations, ou se rendre immédiatement au Palais de justice, le chef du consistoire, après avoir conféré avec ses collègues, annonça au greffier qu'afin de concilier le droit de l'Hôtel de Ville et l'autorité du Parlement, ils s'inclineraient sous la volonté de la Cour, à cette condition que les nouveaux capitouls prêteraient serment devant le viguier. Le serment ayant été prêté, avec la réserve de se pourvoir contre l'arrêt