‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 26 sur 182 · CHAP. IV. — LES VILLES REBELLES QI · texte numérisé non relu

CHAP. IV. — LES VILLES REBELLES QI

se préparer à la mort. Il partit avec sept de ses collègues, les conseillers Prohenques, Vezian, Josse, Ter- Ion, d'Agret, d'Ouvrier et d'Ambes pour la ville de Lautrec, où il attendit les ordres de Louis XIII. Huit jours après, ils reçurent du roi des lettres qui transféraient la chambre de TÉdit à Villemur. Les magistrats protestants qui s'étaient refusés à les suivre déclarèrent àThuissier qu'ils entendaient rester à Castres. Ils allaient s'en repentir : devenus suspects aux calvinistes, parce qu'ils étaient modérés, et aux catholiques, parce qu'ils leur étaient hostiles, les deux partis se défiaient d'eux et les tenaient à l'écart. La chambre de l'Edit n'existant plus à Castres, ils rentrèrent dans la vie privée, attristés et humiliés. Les parlementaires catholiques restés en arrière rejoignirent la chambre de l'Edit à Lautrec, sous une bonne escorte, afin d'éviter la rencontre des pillards.

On se battait toujours sous les murs de la Rochelle et de Saint-Jean-d'Angely. Pour mettre à la raison ces villes rebelles, le roi les déclara criminelles de lèse-majesté et se remit en campagne, en plaçant sous la sauvegarde des édits et sous sa protection spéciale tous les protestants fidèles à sa cause. Cette déclaration fut acclamée dans quelques villes du ressort, surtout à Milhau et à Montpellier. A Montauban, les passions étaient plus vives et les protestants murmuraient, bien que le premier président du Parlement leur eût fait sentir, par une lettre empreinte de modération et de sagesse, les dangers de leur résistance. La marche de l'armée royale, qui jetait l'eflfroi et la déroute parmi les protestants de la Guyenne, ne semblait pas les toucher. Ils ne chan-

gèrent rien à leur attitude opiniâtre et menaçante, en apprenant que Saint-Jean-d'Angely était conquis et que le roi venait d'inviter le premier président à en rendre grâces à Dieu et à faire chanter un Te Deum en l'honneur de sa victoire.

Vers le même temps, le duc de Mayenne, gouverneur de Guyenne et fils du fameux chef de la Ligue, ayant dans ses veines le sang hardi de la maison de Lorraine, entrait à Nérac, à main armée, et s'en emparait au nom du roi. On délibéra au Parlement pour savoir s'il en fallait complimenter le duc par une députation et le prief de ranger aussi, sous l'obéissance royale, les villes rebelles de Mauvezin, l'Isle-en-Jourdain et le Mas-de-Verdun. On se borna à lui écrire, en ajournant la députation au moment où il arriverait dans le ressort. De Nérac, Mayenne marcha sur Montauban pour en faire le siège. Dès son arrivée à Beaumont-de-Lomagne, la grand'chambre et la Tournelie députèrent vers lui le président de Maniban et les conseillers Barthélémy et Masnau, qui le trouvèrent à l'Isle-en- Jourdain, d'où ils rapportèrent deux ordonnances de démolition des fortifications de Tlsle-en-Jourdain et du Mas-de-Verdun, Les trois conseillers Bertrandi le Jeune, Cadillac et Masnau allèrent présider à ces démolitions.

Ce n'était pas sans tristesse que les catholiques de la ville de l'Isle-en-Jourdain apprirent que leurs fortifications allaient être rasées. Ils sollicitèrent la conservation de leurs murailles, par l'entremise de l'abbé de Villeloin, ancien confident et ami du vieux duc de Mayenne. Le gouverneur de Guyenne se disposait à n'abattre que les forts et le château, lorsque le maître

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des requêtes, Hurault de Bellesbat, quitta le camp, prit la poste et courut en informer le Parlement, Sur ses représentations, la Cour rendit un arrêt ordonnant de combler les fossés et de raser les murs. Loin de se plaindre de ce coup d'autorité, le duc de Mayenne en manifesta sa joie à ses capitaines et au roi. Les temps étaient bien changés : on eut dit que ce duc de Mayenne prenait à t&che d'effacer partout les révoltes de son père. Afin de mieux cimenter son alliance avec Mayenne, le Parlement lui dépêcha, à Grenade, le greffier Malenfant, porteur de paroles de remercîments et de louanges, et chargé de réclamer la destruction des remparts de la ville de Mauvezin. Le duc signa aussitôt l'ordre de démolition.*

Tandis que s'écroulaient ces vieilles murailles, la Cour pleurait la mort de son doyen, le conseiller Bernard d'Assézat, qu'elle accompagnait en robes rouges, à sa tombe, dans l'église des cordeliers. Elle lui rendait les honneurs accordés aux présidents, en souvenir du manteau et du mortier portés par lui aux funérailles de Henri IV, en l'absence du président de Lestang, et par une tradition remontant à la mort du conseiller de Fourquevaux.

Louis XIII s'avançait vers Toulouse à grandes journées. Le 24 août 1621, le Parlement, siégeant à la grand' chambre, apprit que le roi, réduisant sur son passage toutes les villes rebelles, venait de soumettre Tonneins et se dirigeait sur Montauban, après avoir écrit au Parlement de lui expédier, de l'arsenal de Toulouse, des canons et des armes de siège. De même qu'à l'entrée de Charles IX, en i565, un président et six con-

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seillers, le présideat Gaubert de Camiaade et les con« seillers Georges de Caulet, Guillaume de Melet, Jean de Mansencal, Guillaume de Catel, François de Bertrandi et François de VedelLi allèrent saluer Louis XIII aux confins du ressort. Sur leur route, dans les plaines d*Agen, ils rencontrèrent la reine et Monsieur, frère du roi, mais ils se bornèrent à leur rendre compte de leur voyage et poursuivirent leur chemin. A Agen, ils sa^ luèrent le roi encore couvert de la poussière du siège de Ciairac et le laissèrent marcher sur Montaubcm. Là, ce victorieux échoua sous les volées du canon des assiégés qui tuèrent le dernier des Mayenne, leva le camp, fit partir la reine pour Paris et s* achemina vers Toulouse. Monsieur, frère du roi, y arriva, sans être attendu, dans la soirée du 16 octobre. La Cour, en robes noires, alla, aux flambleaux, le saluer à la Trésorerie où il était descendu.

La ville de Toulouse se couvrait de fleurs pour rece-. voir Louis XIII : elle supplia le roi d'ajourner son entrée au 21 novembre, pour mieux préparer Tédat des fêtes. Sur Tordre du Parlement, le greffier Malenfant allait se rendre à Casteinau, pour demander au connétable les intentions du roi, lorsqu'on annonça que le connétable et le roi venaient d'arriver, le 14 novembre, sans bruit et suivis d'une petite escorte, par la porte Saint-Etienne. Le lendemain, le président de Bertier, en Tabsence du pre^ mier et du second président, gravement malades, et vingt* cinq conseillers en robes noires, se rendirent au Palais de l'Archevêché, où le roi les reçut assis sur un siège élevé, entouré des seigneurs deTarmée. Cette députation du Parlement ayant mis un genou en terre devant le

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roi, le président d^ Bcrtier adressa au souverain une courte harangue à laquelle le roi répondit en ces mots : € J'agrée le témoignage d'honneur et d'obéissance que € me rend ma Cour, étant fort content du service qu'elle € a fait et veux qu'elle continue, promettant de Taimer € et la gratifier. » Le président de Bertier, un genou à terre, embrassa la jambe du roi et ôta son mortier. Les conseillers fléchirent à leur tour le genou, en passant devant Louis XIII et embrassèrent sa jambe et le bord de son manteau. Il se découvrait au passage de chaque conseiller.

Les députés du Parlement passèrent ensuite dans l'appartement réservé au connétable qui les reçut, tête nue, les parlementaires étant debout et découverts. La harangue du connétable fut longue ; elle roula sur la levée du siège de Montauban, sur les reproches adressés à sa mauvaise tactique pendant le siège, et sur son désir de voir le Parlement éclairer l'opinion du peuple', et pour parler comme un ancien historien, embaumer le mal. Le Parlement écouta ces plaintes d'un air distrait et ne s'occupa que de régler la cérémonie de l'entrée solennelle. Tout fut prêt le 21 novembre, jour de dimanche: dans la matinée, un carrosse amena le roi à Saint-Roch, quartier des minimes où était dressée une galerie, c cou- € verte à la française avec pavillon à chaque bout relevé € et buvert en arcades. » Les Parlementaires au nombre de cent, présidents, conseillers ou gens du roi, partirent du Palais à dix heures du matin, au bruit de la cloche de la tour de l'Aigle, à cheval, en robes rouges, et chaperbns fourrés, comme à la Saint-Martin d'hiver, précédés du premier huissier en robe rouge et des autres huis-

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siers en robes violettes, verges blanches à la main, et suivis des greffiers, des secrétaires évangélistes, des secrétaires de la chancellerie, des payeurs et des rece* veurs des gages, de cinquante avocats et quarante procureurs en robes, chaperons fourrés sur Tépaule et bonnets carrés, tous également à cheval.

Ce cortège traversa la ville pour aller au couvent des minimes, où le roi, magnifiquement vôtu et brillant d'or et de pierreries, l'attendait sur un trône, ayant autour de lui Monsieur, les princes et une foule de gentilshommes. Il y entendit les harangues de M. de Claret, conseiller au Parlement et vicaire général de Tarchevôque, du président de Bertier, d'un trésorier général, et celle de Patrice Bardai, au nom de l'Université. Dans sa harangue, le président de Bertier invitait le roi à séjourner longtemps dans la province, afin de rassurer les catholiques par sa présence. En parlant, il mit deux ou trois fois le genou en terre, et, en passant devant le roi, tous les parlementaires fléchirent le genou, c Le dis- « cours du président de Bertier, a dit un chroniqueur, c fit avouer à tous ceux qui le ouïrent si bien dire, que « la Garonne à d'aussi beaux esprits et d'aussi grands « hommes que la Loire et la Seine. »

Les harangues finies, le roi monta à cheval, suivi des grandes compagnies de la ville, des ordres religieux, des confréries, d'une compagnie d'enfants vêtus de satin blanc doublé d'incarnat, avec panache et enseigne de diamants, des chevau-légers, des archers et des gens d'armes, et entra, au bruit des trompettes, par la porte Arnaud-Bernard, où huit capitouls portant un dais de velours fleurdelisé lui firent jurer, sur les Évangiles,

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