CB. IV. — BELLE RÉPONSE DU CONSEILLEU BERTRANDI
Le roi écoutait ces doléances, avec un mélancolique sourire, et se disposait à s'éloigner de Toulouse. Une dernière fois, une députation de présidents et de douze conseillers en robes noires, conduite, cette fois, par le premier président Le Masuyer, se présenta devant Louis XIII, pour recevoir ses ordres et le prier de veiller à la discipline des troupes, qui pillaient la campagne pour venger le connétable des railleries des Toulousains.
La députation du Parlement passa de la chambre du roi à celle du connétable. La scène changea : au lieu des sourires du roi, ce fut une explosion de colère. Le duc de Luynes avait sur le cœur la harangue du président de Bertier. En invitant le roi à séjourner dans le ressort, le président lui avait dit : c Ne donnez pas, Sire, cet € avantage à vos ennemis, dont Taudace est connue, de € dire que vous leur avez tourné le dos. » Le connétable crut entrevoir là une allusion à sa retraite devant Montauban. Aux paroles flatteuses du premier président Le Masuyer, il répondit brusquement : « Le Parlement € n'a pas toujours parlé de la sorte. Il a voulu me ren- € dre victime de la haine du ^peuple ; c'est la récom- € pense des services que j'ai rendus aux Toulousains. Il « n'est pas étonnant de me voir exposé aux traits in- « justes d'une compagnie qui a eu la sincérité de dire au € roi qu'il tournerait le dos à ses ennemis, en rentrant € à Paris. »
Il poursuivait sur ce ton etnporté, lorsque le vieux conseiller Bertrandi, bouillant comme en pleine jeunesse, l'interrompit d'un geste hautain et lui dit : « Nous « ne sommes point des téméraires, monseigneur, à
« moins que ce ne soit l'être que de veiller au bien de « l^tat. Le terme de témérité est nouveau pour les
< oreilles du Parlement qui existe depuis tant de siècles. « Nos rois ne lui ont jamais parlé avec cette hauteur. € Dans la situation présente des affaires, flatter le roi, « c'est l'offenser; et lui déguiser la vérité, c'est le trahir. € Ce que les courtisans n'osent dire, le Parlement est
< obligé de le déclarer. »
Ces nobles paroles, qu'un historien protestant appelle un reste de liberté française, courroucèrent le connétable et ne déplurent pas au roi qui aimait à voir humilier et rudoyer les courtisans et les favoris, dont il ne pouvait pourtant pas se passer.
Le duc eut sa petite victoire en engageant Louis XIII à ne pas aller tenir un lit de justice au Parlement. Le roi d'ailleurs n*ayant auprès de lui ni chancelier, ni garde des sceaux, ne pouvait tenir un lit de justice, ces derniers seuls étant en droit de présider les Parlements et de recueillir les voix, en présence du souverain. Malenfant l'a dit, de ce mot altier : « La Cour n'eût souffert « ce préjudice d'être présidée par un autre, ou si elle € Teût souffert, c'eût été par force et par contrednte.» Le président de Bertier s'opposait aussi, de toutes ses forces, à une innovation blessante pour la justice. Depuis que le garde des sceaux Guillaume Du Vair, qui avait suivi le roi au siège de Clairac, était mort à Tonneins, haï des courtisans et pleuré de Malherbe et de Louis XIII, le connétable retardait sans cesse la nomination du successeur de Du Vair et gardait les sceaux. De là, ce dicton qui irritait le connétable : bon connétable en temps de paix et bon garde des sceaux en temps